Annals of the university of craiova




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Дата28.11.2012
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NOTES


Voir les études de Laronde, 1993, 1996; Bonn, 1995; Cazenave, 2003; Albert, 2005.

2 Autour des années soixante, les récits plus ou moins autobiographiques qui mettent en scène des étudiants africains confrontés à la culture occidentale se multiplient à tel point que le recours à ce type de récits finit par apparaître comme une sorte de passage obligé pour tout apprenti écrivain africain. Parallèlement à ces récits autobiographiques, sont aussi publiés des récits qui sont une mise en littérature de l’importante migration économique des Maghrébins, des Africains et des Antillais qui se produisit à cette époque. On y dénonce dans cette production littéraire généralement l’utilisation faite par la France des Noirs ou des Maghrébins comme main-d’œuvre bon marché ou comme chair à canon pendant les différentes guerres aussi bien en Europe qu’en Asie.

3 Né à Athènes en 1944, il a publié les Romans et récits: Le Sandwich, Julliard, Paris, 1974, Les Girls du City-boum-boum , Paris, Julliard, 1975, La Tête du chat, Paris, Le Seuil, 1978, Talgo, Paris, Le Seuil, 1983, Contrôle d'identité, Paris, Le Seuil, 1985, Paris-Athènes, Paris, Le Seuil, 1989, Avant, Paris, Le Seuil, 1992 (Prix Albert Camus 1993), Le cœur de Marguerite, Paris, Stock, 1999, La Langue maternelle, Paris, Fayard, 1995 (Prix Médicis 1995), Les Mots étrangers, Paris, Stock, 2002, Je t'oublierai tous les jours, Paris, Stock, 2005, Après J.-C., Paris Stock, 2007 (Prix du roman de l’Académie française 2007) ; les Nouvelles: Papa : et autres nouvelles, Paris, Fayard, 1997 (Prix de la Nouvelle de l'Académie française 1997), Le Colin d'Alaska, illustrations de Maxime Préaux, Paris, 1999; les Aphorismes : Le Fils de King Kong, 1987, L’Invention du baiser, illustrations de Thierry Bourquin, 1997; les Dessins humoristiques : Mon amour !, 1978 et le Guide de voyage: Les Grecs d'aujourd'hui, Paris, Balland, 1979. 

4Né en 1947, à Bujumbura, capitale du Burundi, de père chypriote et de mère crétoise, après une enfance studieuse en Grèce, il s’est installé en 1965, à Aix-en Provence pour y accomplir des études juridiques mais il décida de se consacrer à la poésie. Sa décision d’écrire en français découle du fait qu’il avait fait ses études élémentaires et secondaires en français, et surtout sa longue maturation intellectuelle commencée en 1965. Rentré en Grèce, en 1993, après avoir écrit à Paris, ses premiers recueils, il reprend, son activité littéraire à Athènes où il vit, ayant publié jusqu’à présent 40 recueils poétiques, connaissant une grande intensité de création.


RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES


ALBERT, Christiane, 2005, L’Immigration dans le roman francophone contemporain, Karthala.

BONN, Charles, 1995, Littératures des immigrations. Vol. 1. Un espace littéraire émergent, L’Harmattan.

CAZENAVE, Odile, 2003, Afrique sur Seine, une nouvelle génération des romanciers africains à Paris, L’Harmattan.

LARONDE, Michel, 1993, Autour du roman beur. Immigration et identité, L’Harmattan.

LARONDE, Michel, 1996, L’écriture décentrée, la langue de l’autre dans le roman contemporain, L’Harmattan.


ABSTRACT


Starting out from the definition that literature is a part of the national ideology, this presentation seeks to demonstrate that the idea of the nation is undoubtedly “real” but thoroughly utopian as well. On the contrary, the literature of emigration, when considered as a form of creative activity between multilingual partners and different cultures that adopt the same linguistic code, express, in the context of culture, a view equivalent to the current universalisation of economy.

This original combination of unity and diversity allows readers to diversify their idea of identity. By means of language, authors, and consequently readers, create a universe which is relevant to the Other, to the multicultural and versatile world in which they exist. This multicultural or even multilingual unity does not mean that a language signifies a unique culture, but it develops in a plurality of cultures and in a linguistic area in which the individual identity is confronted to the Other so that it becomes ideal or even utopian.

LE JEU ET L’ÉCRITURE DÉRIDIENNE


Marius GHICA

Université de Craïova, Roumanie


MOTS - CLÉ

jeu, écriture, déconstruction, signe, trace, différence, logos


Derrida interprète le déplacement de l’intérêt spéculatif du monde du réel vers celui du langage – un phénomène visible de nos jours dans presque tous les domaines de la pensée humaine – et l’ouverture vers le champ infini du sens comme des effets d’un «événement» historiel : l’absence d’un centre stabilisateur, d’un signifiant transcendental capable de fonder, d’orienter et de limiter le sens du discours. Le discours traditionnel précédant cette «rupture» se constituait dans une structure qui avait un fondement, une origine fixe, un centre qui pouvait se situer à l’intérieur ou à l’extérieur de cette structure. L’histoire de la métaphysique serait, selon Derrida (qui développe ici une idée nietzschéenne), l’histoire des transformations et des substitutions ou des «métaphores» de ce centre (désigné, tour à tour, «essence», «existence», «sub­stance», «sujet», «vérité», «présence», «conscience», «divinité», etc.), un centre qui, en tant que arche ou telos, fondait ou orientait le sens du discours. «La rupture» sera survenue au moment où, en percevant ce processus de transformations et de substitutions perpétuelles du centre, on est venu à penser que «la loi» de la présence d’un centre qui institue cette suite de métonymies serait justement absence de tout centre, cherché tout le temps en dehors de lui-même, dans ses substituts.

C’est alors le moment – précise Derrida – où le langage envahit le champ problématique universel; c’est alors le moment où, en l’absence de centre ou d’origine, tout devient discours – à condition de s’entendre sur ce mot – c’est-à-dire système dans lequel le signifié central, originaire ou trans­cendantal, n’est jamais absolument présent hors d’un système de différences“ (L’écriture et la différence, Éditions du Seuil, Paris, 1967, p. 411).

Derrida constate ce glisse­ment du champ référentiel des choses vers les mots et parle lui-même d’«inflation» du langage, en désignant ainsi le phénomène d’irruption de la problématique du langage dans les domaines les plus divers de la connaissance humaine. La crise du langage et du signe «indique comme malgré elle qu’une époque historico-métaphysique doit déter­miner enfin comme langage la totalité de son horizon problématique» (De la grammato­logie, Les Éditions de Minuit, Paris, Paris, 1967, p. 15).

L’effort spéculatif de Derrida dans De la grammatologie vise la condamnation du réfé­rentiel dans le discours phonocentriste. En désa­vouant la détermination de l’être comme présence (de la chose par la voix, comme détermination phonétique du langage), la grammatologie dénonce la référence même du discours classique. Elle ne peut plus accepter l’ancienne référence, puisque «la chose même est un signe». Le renversement du rapport entre parole et écriture est une manière de postuler que le sens est au-dessus de la référence extralinguistique. Dans la grammatologie, le sens même devient le but d’un discours dans lequel «le signifié fonctionne comme signifiant».

En réfléchissant sur l’écriture, Derrida pense en fait le langage, le statut du signe et de la signi­fication. Pour circonscrire «l’objet» du discours, il suit deux voies qui se recoupent toujours. D’une part, le grammatologue entre en dialogue critique avec les catégories de la tradition métaphysique qu’il déconstruit, pour voir comment en foncti­onnent les mécanismes et pour la «dépasser»; de l’autre, il propose de nouveaux concepts capables de désigner ce quelque chose d’occulté dans le logocentrisme et qu’il voudrait dévoiler. Ce jeu double, déconstruire l’appareil conceptuel hérité en commençant par valoriser ses ressources pour proposer au fur et à mesure un «nouveau lan­gage», fait partie d’une stratégie dévoilée et justifiée de la façon suivante :

Les mouvements de décon­struction ne sollicitent pas les structures du dehors. Ils ne sont possibles et efficaces, ils n’ajustent leurs coups qu’en habitant ces structures. En les habitant d’une certaine manière, car on habite toujours et plus encore quand on ne s’en doute pas. Opérant nécessairement de l’intérieur, empruntant à la structure ancienne toutes les ressources stratégiques et économiques de la subversion; les lui empruntant structurellement, c’est-à-dire sans pouvoir en isoler des éléments et des atomes, l’entreprise de déconstruction est toujours d’une certaine manière emportée par son propre travail. (Ibid., p. 39.)

Puisque la déconstruction des concepts et des philosophèmes traditionnels va de pair avec la pro­position d’autres nouveaux, les anciens et les nou­veaux termes cohabitent dans un lexique mixte. C’est seulement au moment où le système qui mettait en jeu les vieux concepts est entièrement démonté, ceux-ci sont réévalués sémantiquement ou remplacés par d’autres concepts, nouveaux : écriture, archi-écriture, différence-différance, trace, archi-trace, gramme, greffe, supplé­ment, etc. Les concepts et les néonymies éta­blissent entre eux un rapport dialectique-hermé­neutique, font partie d’une chaîne perpétuelle de transformations métonymiques qui bloque leur coagulation dans une signification unique et les entraîne dans une recherche continuelle du sens.

Le choix du mot trace, un mot fondamental pour la grammatologie, est justifié de la façon suivante :

Pourquoi de la trace ? Qu’est-ce qui nous a guidé dans le choix de ce mot ? Nous avons commencé à répondre à cette question [...]. Si les mots et les concepts ne prennent sens que dans des enchaînements de différences, on ne peut justifier son langage, et le choix des termes, qu’à l’intérieur d’une topique et d’une stratégie histo­rique. La justification ne peut donc jamais être absolue et définitive. Elle répond à un état des forces et traduit un calcul historique. Ainsi, outre celles que nous avons déjà définies, un certain nombre de données, appartenant au discours de l’époque, nous ont progressivement imposé ce choix. Le mot trace doit faire de lui même référence à un certain nombre de discours contem­porains avec la force desquels nous entendons compter. Non que nous en acceptions la totalité. Mais le mot trace établit avec eux la commu­nication qui nous paraît la plus sûre et nous permet défaire l’économie des développements qui ont chez eux démontré leur efficacité (Ibid., p. 102).

Pour Derrida, le processus de signifi­cation est un perpétuel «jeu formel de différences», car «rien, ni dans les éléments, ni dans le système n’est jamais purement et simplement présent ou absent. Il n’y a, de part en part, que des diffé­rences de différences et des traces de traces».

Bien des «figures» du discours philosophique contemporain proviennent de l’écriture derridienne et en sont illustrées de manière exemplaire par l’écriture derridienne, où l’on rencontre, par exemple, l’identité dans la différence, la disjonction négative, la mise en abîme ou le tiers inclus. Un système binaire fonctionnait également dans le discours traditionnel sous la forme du couple de concepts se trouvant en relation d’opposition et d’exclusion, mais il supposait une certaine hiérarchisation, dans laquelle l’un des termes prévalait. S’il y avait là une tension des choses ou des subsistances, ici elle est de l’ordre du langage. L’éternelle dispute entre la parole et l’écriture, dans laquelle le logocentrisme a mis sur la première place la détermination phonique du langage en excluant l’écriture comme « secondaire » est détournée chez Derrida de la forme de la disjonction négative : ni - ni (le langage n’est ni parole - ni écriture, ni dedans - ni dehors, ni idéal - ni réel, ni sensible - ni intelligible) vers la forme plus subtile de l’identité dans la différence : et - et, qui n’exclut, toutefois, un ni - ni (le langage est et parole - et écriture, et dedans - et dehors, et idéal - et réel, et sensible - et intelligible). L’identité dans la différence et le tiers inclus tendent à résoudre la tension des paires négatives classiques – il ne s’agit cependant pas d’une synthèse qui éteigne la tension des termes opposés mais d’une création nominale qui garde et revitalise l’alternative, se situant au centre d’un entre et faisant proliférer les suppléments et les néonymies. Le fondement, l’origine sans lesquels les termes classiques de l’opposition n’auraient pas pu exister sont à présent remplacés par cette position médiane. L’alternative aporétique (ou   ou) est transgressée par la révélation du lieu médian dans lequel les termes jusqu ’ici opposés se différencient, en communiquant à la fois. «Le chiasme» est la figure qui illustre le mieux cette circularité et réversibilité dans lesquelles sont entraînés les termes du couple. Ces figures n’appa­raissent jamais toutes seules ; elles s’appellent et se complètent les unes les autres, dans un réseau très subtil et complexe.

La différence derridienne ne résout pas la tension du couple, ne vise même pas ce but; au contraire, elle se prolonge dans d’autres supplé­ments et répétitions. Le tiers inclus est le produit d’une captivante chaîne de transformations, dans laquelle les termes reprennent ou renouvellent des philosophèmes traditionnels («origine», «fonde­ment», etc.), en fonctionnant cependant plutôt comme des prédicats qui peuvent être alterna­tivement substitués qu’en guise de principes stabi­lisateurs. La différence originaire du gramma­tologue déconstructiviste (la différence) est juste­ment la trace, dénommée «l’origine absolue du sens en général». Les prédicats changent ensuite réciproquement déplace : «La trace est la diffé­rence qui ouvre l’apparaître et la signification», pour que les deux soient après différenciés dans leur identité : «Articulant le vivant sur le non-vivant en général, origine de toute répétition, origine de l’idéalité, elle [la trace] n’est pas plus idéale que réelle, pas plus intelligible que sensible, pas plus une signification transparente qu’une énergie opaque et aucun concept de la métaphy­sique ne peut décrire» (Ibid., p. 95).

On n’a pas affaire, dans les écrits de Derrida, à un trajet unique, à une voie qui se développe progressivement, retraçant petit à petit un fil rouge de la pensée – voilà la réalité à laquelle nous confronte la tentative de les exposer ou thématiser. Son discours circonscrit son objet par cumul. Tout l’arsenal phénoménologique, her­méneutique et dialectique de la déconstruction est mis au service de la détermination de « l’objet »du discours, qui n’est pas autre que le discours lui-même, sous la forme de l’écriture. L’ancienne thématisation qui fonctionnait dans le discours classique se transforme dans son cas, également comme chez Nietzsche, Heidegger, Wittgenstein, Gadamer ou Paul Ricœur, dans la recherche d’un hermeneuein. Le langage, l’écrit et l’écriture sont le «déjà-trouvé» que le philosophe vient à peine ensuite chercher, en développant dans le texte un réseau de relations dans lesquelles les éléments résonnent les uns par les autres, se retrouvent musicalisés, comme dans les accords d’une sym­phonie, changent de place ou fonctionnent dans des couples contradictoires, des différences qui nourissent la tension de la pensée et qui ne se «résolvent» dans un nouveau concept que pour plonger dans d’autres disjonctions, comme dans une mise en abîme dérapée, prolongeant à l’infini la recherche de ce quelque chose dont le Mot ne peut saisir l’essence. L’écriture est en même temps l’identique différent, l’agent déclenchant l’itinéraire dans l’empire du langage, le hermeneuein recherché et l’espace de la recherche, un Graal qui semble s’éloigner, mais dont on approche cepen­dant en avançant progressivement de nom en nom, de rune en rune, dans un monde des mots.

À la différence du discours philosophique traditionnel où des rapports de spécification ou de subordination logique s’établissent entre les con­cepts fondamentaux, la prolifération des méta­morphoses nominales de l’hermeneuein prend maintenant la forme d’une chaîne de suppléments. On comprend par «supplément » (un mot que l’on rencontre souvent chez Derrida) le signe qui vient suppléer, tenir la place d’un autre signe, qui est à la recherche de son «autre nom“, une apposition, une répétition de soi-même :

L’identique ici s’appelle supplément, l’autre nom de la différence». Les termes additionnels ne sont guère vicariants. Ce cumul engendre une augmentation du sig­nifiant. «Texte», «écriture», «archi-écriture», «trace», «différence» sont des mots sans cesse à la recherche de leur supplément, dans une conste­llation de sens où «l’opération souveraine» consiste à suivre les traces des simulacres, des suppléments, «le changement et le choix de n’importe quel mot (L’écriture et la différence, ed. cit. p. 403).

Le mécanisme de l’écriture derridienne, en tant que suppression du sens, peut être saisi en partant de la relation dialectique entre le maître et l’esclave dans La Phénoménologie de l’esprit. Il nous paraît utile, dans notre tentative de suivre la pensée derridienne, de la résumer ici en nous assumant le risque de l’appauvrir dans ses subtiles et fines articulations. Au moment où, à l’intérieur de l’homme, s’éveille la conscience-de-soi et rencontre une autre conscience-de-soi, de l’autrui, du prochain, l’homme doit supprimer la dernière pour assurer l’indépendance de sa propre essence. Car en sortant de soi-même il se découvre comme étant quelque chose d’extérieur, une autre essence – au fait, sa propre essence dans l’altérité. Les deux consciences-de-soi engagent «une lutte à vie et à mort», dit Hegel. Le vainqueur qui a affronté la mort sera le maître ; le vaincu sera l’esclave car, par peur, il choisit de rester vivant à tout prix. En le supprimant, le maître se supprime pourtant soi-même, il obtient «la néga­tion sans indépendance» puisqu’il n’y a plus un autre – l’esclave – qui le reconnaisse. L’action des deux accomplirait ainsi ce que Hegel appelle «la négation abstraite», c’est-à-dire la mort de l’autre, du négatif. A l’opposé se trouve «la négation absolue». La conscience nie toujours, elle supprime (aufhebt) mais dans le sens qu’elle «garde et préserve celui qui a été supprimé et par cela même survit à sa suppression“ (Hegel, La Phénomé­nologie de l’esprit, ed. cit., p. 111). Les deux consciences se trouvent donc en équilibre, chacune a besoin de l’autre pour être confirmée et reconnue. Le maître choisira de subjuguer l’esclave mais de lui laisser la vie pour avoir quelqu’un qui le reconnaisse comme maître. Mais maintenant c’était seulement le maître qui était reconnu par le vaincu; le dernier ne faisait que reconnaître. C’est là que réside l’inégalité des deux consciences-de-soi. Le maître, poussé par le désir et le plaisir, a besoin de l’esclave pour étendre son empire sur les choses, car celui-ci est le seul à pouvoir les travailler. Il s’apercevra qu’il n’a pas obtenu la conscience indépendante qu’il voulait. Celui qui le reconnaissait comme maître n’était plus, à son tour, une conscience indépendante, un semblable. La confirmation de son essence indépendante venait d’une conscience non-essentielle et dépen­dante. «La vérité de la conscience indépendante est donc la conscience servile.» (Ibid., p. 113.) Le maître n’est pourtant pas le seul à se rendre compte que son essence est le contraire de ce qu’il était. Dans sa condition de conscience «refoulée» et dépendante, la conscience de l’esclave obtiendra l’indépendance par l’intermédiaire du travail. Le maître ne domine pas le réel de manière directe et sans intermédiaire, car il a situé, entre lui et les choses, l’esclave. Celui-ci se libère cependant, par son travail et en agissant directement sur les choses, de la servitude face à «l’existence natu­relle». Le travail le forme en le modelant, éveille en lui la conscience de l’être indépendant, même si ce changement restera au début complètement intérieur. Il s’apercevra qu’il est lui aussi capable, tel son maître, de dominer et de décider, ne fut-ce que pour ce qui est des choses – au début –, qu’il est donc lui aussi une conscience-pour-soi.

Ce n’est pas notre intention de suivre plus loin l’enchaînement des moments dans la dialectique hégélienne, la façon dont l’esprit agit au cadre du réel. Regardons plutôt en arrière, car ce qui intéresse Derrida c’est le prix que le maître doit payer pour s’assurer la domination. Le maître trouve donc sa confirmation dans l’esclave. Il n’est pas une conscience indépendante absolue; la conscience-de-soi, il ne l’obtient que par l’intermédiaire de son négatif, de la conscience servile, dans l’acte de la reconnaissance. Laisser la vie à l’esclave, le «supprimer en le préservant» – voilà la condition servile que le maître accepte à son tour pour dominer.

En marge de quelques textes de Georges Bataille dédiés à la dialectique hégélienne et interprétés par Derrida, le rapport dialectique entre le maître et l’esclave de La Phénomé­nologie de l’esprit est transféré au champ du discours: «Telle est la condition du sens, de l’histoire, du discours, de la philosophie, etc.» (L’écriture et la différence, ed. cit., p. 375). Cher­chant à assurer la continuité du « processus », à obtenir un sens et à sauvegarder la connaissance, le discours perd sa souveraineté (souveraineté [en fr. dans le texte] vient remplacer la «domination» hégélienne, Herrschaft) ; car il doit accepter la condition servile. La nécessité de la continuité logique impose que le négatif et son «action» acquièrent un sens ; voilà, selon Derrida, la raison de l’Aufhebung hégélienne : suspendre le jeu. Mais est-il encore souverain, un discours qui consent à la servitude, à la soumission face à l’évidence du sens, qui permet «la complicité servile» entre le discours et le sens ? Une telle question réduit le grammatologue au silence, du moment qu’il a choisi de ne se soumettre à personne et aussi de ne soumettre personne et rien. Mais les mots nous sont encore nécessaires pour déclarer et expliquer le silence. On se voit donc inéluctablement contraint de dire, à l’aide du lan­gage qui a accepté de se soumettre, ce qui n’est pas soumis. Toute tentative de dire le silence signifie déjà l’annuler. Et si «le silence» est «le plus pervers ou le plus poétique» de tous les mots, c’est parce que, sous l’apparence de cacher le sens, il «dit le non-sens, il glisse et s’efface lui-même, ne se maintient pas, se tait lui-même, non comme silence mais comme parole» (Ibid., pp. 385–386). Quelle est donc la solution ? «„Il faut trouver“ – dit Bataille et avec lui Derrida – en choisissant „silence“ comme „exemple de mot glissant“, des „mots“ et des „objets“ qui ainsi „nous fassent glisser...“ Vers quoi ? Vers d’autres mots, vers d’autres objets bien sûr qui annoncent la souveraineté» (Ibid., p. 386).

A lui seul, ce «glissement» présente cependant «le risque» d’aller vers un sens, de demeurer dans la même linéarité du discours de type hégélien qu’il faut transgresser : «Mais ainsi orienté, ce qu’il risque, c’est le sens, et de perdre la souveraineté dans la figure du discours. Risque, à faire sens, de donner raisons. A la raison. A la philosophie. A Hegel qui a toujours raison dès qu’on ouvre la bouche pour articuler le sens. Pour courir ce risque, dans le langage, pour sauver ce qui ne veut pas être sauvé – la possibilité du jeu et du risque absolus – il faut redoubler le langage, recourir aux ruses, aux stratagèmes, aux simulacres. Aux masques. [...] En parlant „à la limite du silence“, il faut organiser une stratégie et „trouver [des mots] qui réintroduisent – en un point-le souverain silence qu’interrompt le langage articulé“.» (Id. ibid.)

L’antihégelianisme de Georges Bataille que Derrida interprète en accentuant et nuançant certaines parties est assumé et théorisé par le grammatologue déconstructiviste. La transgression du discours est synonyme avec la transgression du sens. Nettement opposé à la tradition hégélienne, le paradigme de l’écriture derridienne n’est plus l’acheminement du concept vers un sens qui le parachève et l’orientation de la connaissance ; c’est le labyrinthe aux murs tapissés de miroirs engen­drant d’innombrables réflexions. Il suffit de tom­ber sur un sentier latéral pour quitter le droit chemin et le sens se perd dans des bifurcations et des miroitements sans fin, dans un dérapage continuel et programmé du sens.

Derrida marche ici dans le sillage de Wittgenstein. Pour l’auteur du Traité..., en philosophie comme dans les mathématiques, le processus de la pensée et son résultat sont équi­valents. La préface aux Investigations philo­sophiques nous fait voir que l’essentiel ne consiste pas à s’acheminer progressivement vers le but visé, mais à être toujours en route; à traverser le champ de la pensée en suivant autant de sentiers que possible, car il n’existe rien de plus important que l’itinéraire parcouru. Il ne faut pas prendre la philosophie pour une doctrine, mais pour activité (idée qui est considérée depuis comme l’une des thèses fondamentales du positivisme logique). Wittgenstein trouve illusoire la croyance que l’investigation philosophique aboutirait à des résultats philosophiques de la même manière dont la recherche scientifique peut conduire à des résultats scientifiques.

Dans la théorie/pratique de l’écriture derri­dienne, la transgression du discours se réalise par la réinterprétation de l’un des concepts fondamen­taux de Hegel : Aufhebung, mot intraduisible dont le sens pourrait être approximé par le syntagme «supprimer en préservant». Le méca­nisme de l’Aufhebung hégélienne est bien connu : une détermination est niée sans être pour­tant annulée, mais préservée dans une autre détermination qui révèle la vérité. Cette confir­mation qui n’annule pas les moments du processus mais le retrouve tout entier au bout du chemin a lieu, chez Hegel, dans la circularité du logos, dans l’horizon d’un projet du sens. Mais l’écriture derridienne, à la recherche d’un nouveau statut du discours, veut non seulement «renverser» la phénoménologie de l’esprit, mais aussi l’«en­glober». Dans cette écriture qu’il appelle majeure, le concept ne préserve plus tout le processus : la transgression du sens et avec lui du discours (de la vérité, de la connaissance) a lieu par la neutrali­sation de ses moments. L’Aufhebung n’est plus «une suppression qui préserve», mais un dépas­sement qui neutralise les moments enchaînant le discours et empêche de la sorte leur cristallisation dans un sens. La détermination se réalise par «le tissu des différences», dans une «précipitation rigoureuse» des concepts vers leur «sacrifice impi­toyable» :

Ne pouvant ni ne devant s’inscrire dans le noyau du concept lui-même (car ce qui est ici découvert, c’est qu’il n’y a pas de noyau de sens, d’atome conceptuel, mais que le concept se produit dans le tissu des diffé­rences – s.n.), l’espace qui sépare la logique de maîtrise et, si l’on veut, la non-logique de souveraineté devra s’inscrire dans l’enchaînement ou le fonctionnement d’une écriture. Cette écriture – majeure – s’appellera écriture parce qu’elle excède le logos (du sens, de la maîtrise, de la présence, etc.). Dans cette écriture... les mêmes concepts, apparemment inchangés en eux-mêmes, subiront une mutation de sens, ou plutôt seront affectés, quoique apparemment impossibles, par la perte de sens vers laquelle ils glissent et s’allument démesurément. (Ibid., p. 392.)

L’honnêteté et la lucidité derridienne vont jusqu’à démasquer «la stratégie» et les effets des mécanismes raffinés dont le grammatologue nous fait part :

Cette écriture... se plie à enchaîner les concepts classiques en ce qu’ils ont d’inévitable..., de telle sorte qu’ils obéissent en apparence, par un certain tour, à leur loi habituelle, mais en se rapportant en un certain point au moment de la souveraineté, à la perte absolue de leurs sens, à la dépense sans réserve de ce qu’on ne peut même plus appeler négativité ou perte du sens que sur leur face philosophique; à un non-sens, donc, qui au-delà du sens absolu, au delà de la clôture ou de l’horizon du savoir absolu. Emportés dans ce glissement calculé [s.n.], les concepts deviennent des non-concepts, ils sont im­pensables, ils deviennent intenables. (Ibid., p. 393.)

Le jeu auquel nous invite l’écriture derri­dienne est justifié en tant qu’expression de la règle même. Et la «destruction» du discours qu’obtient de façon programmée une telle aventure de l’effon­drement du logos nous est présentée comme une nécessité, un fatum qui ne peut être occulté, mais seulement assumé. La déconspiration derridienne est totale, mais justement pour nous attirer davantage dans les pièges du jeu :

Aussi la destruction du discours n’est-elle pas une simple neutralisation d’effacement. Elle multiplie les mots, les précipite les uns contre les autres, les engouffre aussi dans une substitution sans fin et sans fond dont la seule règle est l’affirmation souveraine du jeu hors sens. Non pas la réserve ou le retrait, le murmure infini d’une parole blanche effaçant les traces du discours classique mais une sorte de potlach des signes, brûlant, consumant, gaspillant les mots dans l’affirmation gaie de la mort: un sacrifice et un défi. [...] Que s’est-il passé ? On n’a en somme rien dit. On ne s’est arrêté à aucun mot; la scène ne repose sur rien; aucun des concepts ne satisfait à la demande, tous se déterminent les uns les autres et en même temps se détruisent ou se neutralisent. Mais on a affirmé la règle du jeu ou plutôt le jeu comme règle; et la nécessité de transgresser le discours et la négativité de l’ennui (d’employer quelque mot que se soit dans l’identité rassurante de son sens). (Ibid., p. 403.)

Dans la stratégie de la transgression du discours et du sens entre également l’opération d’une mise-entre-parenthèses du sens. Mais c’est une réduction qui agit au pôle opposé d’une époché phénoménologique, car la réduction phénoménologique est une réduction au sens et au nom du sens, cherchant à mettre en valeur une signification essentielle du concept. Le gramma­tologue cependant fait appel à une réduction du sens, à sa suspension, pour se conformer à la règle du jeu. Et comment peut-on rester souverain et obéir seulement aux règles de ce jeu sinon en empêchant à tout prix que le sens, fidèle à la raison, se cristallise ? La devise derridienne est «la destruction sans réserve du sens». Il faut donc pour cela recourir à des «suppléments», des «ruses», des «simulacres», en déconstruisant et en faisant «glisser tout le discours». Mais l’homme est un «animal» qui veut du sens, on l’a dit, et la philosophie a été depuis toujours une tentative de l’homme de se comprendre soi-même et de connaî­tre le monde dans sa vérité, de mettre de l’ordre dans le désordre des choses. L’écriture derridienne veut sortir du cercle du logos et, cantonnée dans un ethos de l’in-différence, comme on pourrait le nommer, laisse le monde dans son indifférence malgré la promesse de tout affirmer dans la souveraineté qu’elle a désirée. Le grammatologue même affirmait cependant que l’examen critique et la déconstruction des concepts fondamentaux de la métaphysique seront réalisés grâce à «une sortie hors de la philosophie» (de la philosophie tradi­tionnelle, bien sûr), car son but est la recherche d’un autre statut du discours. «Le principe» qui gouverne ici est cette opération souveraine par laquelle on obtient l’annulation même de tout principe ou fondement, de tout transcendantal du discours. Ce qui en résulte est un fascinant dis­cours visant l’exploitation au maximum des ressources du sens, pour l’en vider.

La suppression du sens dans l’écriture derridienne produit parfois l’effet d’«inintelligible» que lui reprochait Etienne Gilson en lisant les textes de la grammatologie, sans avoir pu alors entrevoir que la destruction du sens entre dans l’économie d’une stratégie plus large de la grammatologie, de déconstruire et de miner le discours traditionnel des sciences humaines.

Le théorique est entretenu par une évolution coaxiale de l’écriture derridienne. Elle déconstruit – mettant en jeu des mécanismes de la phéno­ménologie, de l’herméneutique, de la dialectique – les discours de la métaphysique, des sciences hu­maines ou les textes littéraires en marge desquels elle théorise à la fois.

Le grammatologue Derrida excède cependant presque toujours l’herméneute. Dans sa lecture critique et interprétative (par laquelle il confesse une sortie délibérée «hors de la philosophie») la boucle ne se ferme jamais, elle ne s’ouvre pas, non plus, vers une direction quelconque, mais renvoie à l’infini, de néonymie en néonymie, de différence en différence, de supplément en supplément, jusqu’à l’éparpillement total, à la dissémination – c’est justement le mot que Derrida a choisi en guise de titre pour l’un de ses livres.

Dans le tissu textuel généré ici, seule la forme d’un scénario de spectacle (des sens) dans lequel le lecteur devient, de même que l’auteur, acteur et spectateur, crée encore l’illusion d’une voie. Dans l’océan de signes où il est voué au glissement perpétuel, l’herméneute se bâtit un navire de toute trace écrite, entraînée ensuite dans «une machi­nerie implacable» et poussée dans les eaux infinies des sens sursaturés et alternativement supprimés. La lecture des Nombres de Philippe Sollers, par exemple, produit un tissu de textes dans lesquels le monologue est greffé sur les extraits littéraires interprétés, eux-mêmes des greffes d’autres textes. On assiste à un mécanisme sophistiqué à fabri­quer des textes. Le texte greffé se plie à la «chimère» de lettres qu’il reflète et en prend la forme, une ville-livre de Babylon, un espace illu­soire et pourtant réel où les machines remplacent les gens, possèdent de la mémoire, savent lire, déchiffrer et même écrire. D’une part appellent des théorèmes ou des énoncés logico-mathématiques réécrits (Hilbert, Frege, Wittgenstein, Bourbaki, etc.), de l’autre nous font signe les livres de notre bibliothèque «domestique» (Tao Te King, le Zochar, les mythologies mexicaines, indiennes, islamiques, Empédocle, Nicolaus Cusanus, Bruno, Marx, Nietzsche, Lénine, Artaud, Bataille, etc.), dans un coin cherchent à nous séduire Lucrèce, Dante, Pascal, Leibniz, Hegel, Baudelaire, Rimbaud... Comment trouver une voie et qui choisir ? Une pluralité de voix et d’échos, un «simulacre généralisé», un jeu de miroirs où l’on ne sait plus quelle image est à l’origine des innombrables réflexions, où est em­brouillée toute frontière entre l’intérieur et l’exté­rieur, entre le réel et le fictif, entre le texte réfléchi et celui qui est produit par la réflexion. Un miroir qui, même brisé, réfléchira la brisure même. Un art de la dérive en passant de la ressemblance à l’illusion, du naturel à l’artifice, du réel à l’illusion et aux effets. Un monde gouverné par le jeu infini des sens, un logos qui agonise mais qui est également porteur de sens : l’anarchie du logos et le triomphe du jeu de l’écriture.

Un logos (mot qui, chez les Grecs, dénommait à la fois la pensée et la parole) auquel la raison est refusée n’a plus que la moitié dépouillée, le clapotis d’une écriture pareille à un torrent qui, dépourvu de source et d’embouchure, est voué à un éternel et impétueux écoulement. Complètement insoumise, rejetant tout fondement, n’obéissant qu’à la règle du jeu, souveraine, triomphante – l’écriture. La métaphore derri­dienne du feu dévastateur de La carte postale de Socrate à Freud et au-delà est ici ex­trêmement révélatrice. A la suite des lettres, les sens sont brûlés dans un incendie universel des mots. L’écriture prend l’aspect d’une corres­pondance sans expéditeur ni destinataire. Des cartes postales vides de message et expédiées dans le néant : «Qui écrit ? A qui ? Et pour envoyer, destiner, expédier quoi ? A quelle adresse ? Sans aucun désir de surprendre, et par là de capter l’attention à force d’obscurité, je dois à ce qui me reste d’honnêteté de dire que finalement, je ne le sais pas» (La carte postale de Socrate à Freud et au-delà, Flamarion, Paris, 1980, p. 9). Des épures échappées au désastre, des débris d’une corres­pondance brûlée de l’humanité. «Feu», «cendre», «incinération», «l’extinction de la voix» – sont les derniers termes et syntagmes, d’une grande fréquence, qui soit désignent directement, soit connotent cette combustion dévorant en entier sens et logos, à la suite de laquelle ne reste plus qu’«une neige carbonisée» – la feuille de papier immaculée, percée par le deuil des lettres.


RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES


DERRIDA, Jacques, La carte postale de Socrate à Freud et au-delà, Flammarion, Paris, 1980.

DERRIDA, Jacques, L’écriture et la différence, Éditions du Seuil, Paris, 1967.

DERRIDA, Jacques, De la grammato­logie, Les Éditions de Minuit, Paris, Paris, 1967.

HEGEL, Georg Wilhelm Friederich, Phénoménologie de l’esprit, Gallimard, 1993.

ABSTRACT


In Derrida’s works we dont encounter a unique direction, which advances pregressively or enriches the lime of thought. His discourse is always brought together by means of cumulus. Hermeneutics and dialectic deconstruction are both employed to determine the “aim” of discourse, which is nothing else than discourse itself in written form. The old themes which used o work in the classical discourse as with Nietzsche, Heidegger, Wittgenstein, Gamader or Paul Ricoeur consist mainly in the search of a hermeneuein. The language, the written form and the “already-found” which the philosopher looks for only later, develop in the text a verb of relationships in which the elements have the same sounds, are musical and exchange place and function in contradictory couplets. Thes differences mentain the pressure on thought and become “reconciled” in a new concept just to once again become deepened in other disjunctions, in a “slippery chasm”, always looking for that something that cannot be expressed by the Word. The writing is also the different identic, the trigger of the itinerary, which takes place in the realm of language, the looked for hermeneuein, a space of everlasting search, a Holy Grail which seems to be out of touch but which also seems to closer, as one travels along a road filled with names and runes, a realm of the word.

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