Les grandes tendances de l'édition jeunesse en Italie à travers la réaction de la presse italienne à la 41e édition de la Foire Internationale du Livre pour Enfants (Bologne 14-17 avril 2004)




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Les grandes tendances de l'édition jeunesse en Italie à travers la réaction de la presse italienne à la 41e édition de la Foire Internationale du Livre pour Enfants (Bologne 14-17 avril 2004)

par Elena Paruolo


Préambule

Plus de mille éditeurs et exposants (1100) - provenants de 63 pays - ont été les protagonistes de la quarante et unième Foire Internationale du Livre pour Enfants (tenue à Bologne du 14 au 17 avril 2004) : un mélange de fantaisie et de réalisme, de rigueur et de recherche, de qualité et de défauts. Une ronde de journées d'études, congrès et expositions d'illustrateurs. Un grand espace de rencontre entre éditeurs de livres et de produits multimédia (pour l'école maternelle et primaire), et un marché culturel étendu (bibliothèque scolaire, biblio-vidéothèque, biblio-ludothèque, librairie de secteur, université, prix littéraires, etc.). C'est l'occasion du lancement de nouveaux titres et de nouvelles collections.

Par rapport à l'année précédente, la Foire s'est dédoublée : d'une part la Foire Internationale du Livre pour Enfants; de l'autre Docet : exposition-marché des éditeurs italiens, consacré en particulier aux enseignants, avec « idées et matériels pour l'éducation et la pédagogie ». Lemarché était rganisé par problématique : Technologie pour l'enseignement ; Ecole et société ; Ecole, réforme et programme ; Habiter l'école ; Jouer ; Lire ; Grandir ; Le handicap à l'école.

Dans la section des illustrateurs (avec la Grèce, invitée d'honneur) les éditeurs ont eu la possibilité de découvrir environ 150 artistes (sélectionnés par un jury international, parmi 3000 participants provenant du monde entier). Pour la première fois cette année, tous les créateurs ont été rassemblés en un seul livre de présentation, ce qui signifie la fin de la division entre illustrateurs de fiction et illustrateurs de non-fiction. Pourquoi cette innovation ? Parce que ce qui compte, soulignent les organisateurs, c'est la capacité à raconter, avec des mots et des images.

En peu d'années, la Foire - initialement adressée aux enfants - a été transformée en une manifestation internationale qui permet des contacts directs entre éditeurs (ils ont ainsi l'opportunité d'échanger des propositions, des traductions, des co-éditions) et qui devient l'occasion d'un marché de droits et de contrats sur les livres, les produits multimédia, les illustrations et les traductions.

Certains partenaires soulignent que cet espace n'est pas à la portée de tous. Il ne l'est pas pour les éditeurs des pays du Sud, pas plus que pour les petites maisons d'édition italiennes.

En ce qui concerne les pays du Sud, j'ai rencontré à Bologne Jean Kimona et Dominique Mwankumi de l'Association Panafrique des Auteurs et Illustrateurs de Livres pour Enfants (Illusafrica), qui se sont rendus à la Foire « avec la volonté d'arracher quelques contrats d'édition et de partenariat ! ». Ils ont présenté une exposition d'illustrations récentes et de textes provenant du Bénin, du Rwanda, du Congo RDC, du Togo, du Mali, etc.

Comme m'en a fait part Jean Kimona « il faut tout mettre en œuvre pour que la Foire devienne un rendez-vous incontournable pour la promotion et la reconnaissance des talents africains. On doit déplorer, par exemple, le fait que les artistes africains, malgré leurs talents, ne puissent pas figurer dans le catalogue annuel de Bologne 2004, simplement parce qu'ils ignorent les modalités pour y accéder, ou encore parce que les fameux formulaires de participation ne leurs sont jamais parvenus ». Et aussi : « C'est vrai qu'on assiste à une renaissance de la littérature africaine de jeunesse, mais faute d'un marché interne viable et d'une vraie politique continentale du livre de jeunesse, ce processus risque bien de s'étioler ». Jean Kimona finit son discours en exprimant un espoir : « voir un livre africain décrocher le fameux « Bologna Ragazzi Award ».

Qu'en est-il des petites maisons d'édition ? Malgré les pages pleines de fantaisie de leurs livres pour enfants il souffle un air de crise. A Bologne quelques-unes d'entre elles ont décidé de s'associer et de partager un espace commun. Ils l'appellent - de manière provocante - « l'épreuve des neuf », parce qu'ils sont neuf éditeurs (Città Aperta, Edizioni Corsare, e/o, MC, Nuove Edizioni Romane, Orecchio Acerbo, Sinnos, Editions du Dromedaire, Zoolibri ) qui ont choisi de se partager les coûts et les fatigues pour assurer leur présence au milieu des géants. Neuf éditeurs « qui ont voulu être à Bologne ; et qui, même dans l'adversité, partagent l'envie d'expérimenter et de tenter de nouvelles routes, dans un marché qui risque l'asphyxie pour son excès de propositions »[1].

Un excès de propositions qui, d'une part, rend difficile l'orientation, et d'autre part (la vie moyenne d'un livre étant seulement de quelques mois avant de sombrer dans les stocks des éditeurs) fait de la vie de l'éditeur une course d'obstacles qui demande des stratégies[2].

Ce n'est donc pas par hasard si les stratégies de survie sont nombreuses : réimpression des meilleurs titres (un moyen pour les belles histoires d'échapper à l'oubli tout en limitant les coûts) ; recherche d'augmentation des profits (malgré la cherté de l'euro, les séries à bas prix cèdent la place au livre cartonné, coûteux, bien relié, au livre de fête, de cadeau, de cérémonie, au livre d'étrennes). Cette dernière politique d'entreprise a cependant un coût très élevé : « Elle transforme le geste habituel de la lecture en un geste occasionnel et prépare une foule de non lecteurs avec de futurs répercussions pour l'édition »[3].

Qui lit le plus ?

«Ceux qui lisent le plus ont entre 7 et 11 ans (le mérite en revient à l'extraordinaire travail des enseignants des écoles primaires). Il y a ensuite une baisse d'intérêt. Mais, heureusement, l'attention pour la lecture est également en train de croître dans les écoles maternelles »[4].

De toutes façons, « aujourd'hui encore, le marché du livre pour enfants en Italie est difficile. Le livre doit toujours rivaliser avec les moyens de communication plus modernes, avec la télévision, l'ordinateur. C'est justement pour cela qu'il doit devenir un instrument important pour entrer en sympathie avec l'enfant, avec ses émotions, ses peurs et ses rêves.... Qui achète les livres pour les enfants et les jeunes ? Seulement les familles cultivées ? En tout cas l'école italienne n'a jamais institutionnalisé la bibliothèque comme lieu spécifique, patrimoine de base, avec un personnel spécialisé qui aiderait enseignants et élèves au sein de l'école elle-même »[5].

La réaction de la presse italienne

Comment la presse quotidienne a-t-elle réagi à la Foire ? Combien d'espace a-t-elle accordé à cet événement ? Qui en a parlé - et en quels termes ? Pour répondre à ces questions, j'ai consulté douze journaux dont certains ont parlé de la Foire dans plusieurs éditions : la Repubblica[6] , La Stampa[7] , Il Messaggero[8] , L'Unità[9] , Il Tempo[10] , Il Mattino[11] , Avvenire AV[12] , Liberazione[13] , il Manifesto[14] , Corriere della sera[15] , il Riformista[16] , il Giornale[17] .

A travers la lecture de ces journaux, il m'est apparu que l'énergie de ces article a porté en particulier sur les questions suivantes :

fantasy et littérature pour enfants

Dans ce domaine l'Italie n'est plus seulement importatrice, mais aussi désormais exportatrice de ce domaine. Il suffit de penser à l'ample diffusion dans le monde, par exemple, des auteurs suivants : Elisabetta Dami, Bianca Pitzorno, Andrea Molesini, Domenica Luciani, Emanuela De Ros, Giovanni Rodari, Francesco D'adamo, Angela Nanetti, Beatrice Masini, Luciano Comida… Sur le podium il y a Geronimo Stilton[18] (Piemme, désormais Mondadori), la souris-journaliste-écrivain créée par Elisabetta Dami, qui a pulvérisé les ventes en quatre ans avec plus de cinq millions d'exemplaires en Italie, et qui sera très prochainement traduit en 35 langues et distribué dans 180 pays parmi lesquels la Chine.

Espaces créatifs

En face des « grands » - les maisons d'édition, à la chasse aux gros tirages, désormais consolidées dans le domaine du marché (Mondadori, Einaudi Ragazzi, Fabbri, De Agostini Ragazzi, Salani, Giunti, Motta junior…) - il y a un grand nombre de maisons d'édition (dont les plus importantes sont Arka, Art'è, Babalibri, Nord-Sud, Il Castoro, Fatatrac, Editoriale Scienze…) qui ont su s'approprier des espaces créatifs et commerciaux intéressants.

« A propos des petits éditeurs, nous notons que dans le panorama de l'édition pour l'enfance leur présence acquiert un poids toujours plus important, non en terme de vente (les difficultés de distribution sont énormes ...) mais en terme d'élaboration de projet, d'idées, d'engagement.

Toute la microédition n'atteint pas les mêmes niveaux de qualité : à coté de livres excellents il y a énormément de livres de pacotille »[19].

Production et hyper production

L'édition junior contracte les mêmes vices que l'édition senior : la surproduction qui brûle en un souffle le catalogue saisonnier, l'hyperproduction de livres de série et commerciaux, la planification du livre qui fait tendance ou du cas littéraire, la clonage des best-sellers, le soin obsessionnel de l'image avec des histoires et de l'écriture qui n'ont pas toujours la qualité correspondante.

Depuis quelques années, lit-on dans il Manifesto, « on constate une progressive homologation de l'édition pour l'enfance, qui est en train de prendre quelques traits spécifiques pour faire partie du système mondial du best-seller ; et qui trop souvent semble vouloir renoncer à la forte « projectualité[20] » - vis à vis d'un lecteur si « particulier » - qui pendant longtemps a été une de ses caractéristiques. De la nursery à la Bourse ? La question est légitime (…) surtout si on observe avec attention l'édition américaine où, à coté d'un William Joyce et d'un Jerry Spinelli, d'un Maurice Sendak et d'une Sharon Creech qui continuent à écrire, à dessiner, à publier, il y a une invraisemblable montagne de livres de médiocre qualité qui a emporté des maisons d'édition pourtant un temps glorieuses comme Harper Collins, Scholastic, Putnam & Random. Elles obéissent désormais à une logique typiquement industrielle… »[21]

Les Prix décernés

Tous les journaux se sont plus ou moins arrêtés sur les vainqueurs de la prestigieuse « Bologna Ragazzi Award » qui, souligne Il Tempo, se propose de décerner un prix pour l'excellence de l'ensemble du projet éditorial . Symbole de qualité pour les éditeurs internationaux, le prix comprend 3 sections :

- dans la section fiction, le jury international a proclamé vainqueur cette année La grande question de Wolf Erlbuch, des éditions françaises Etre, « charmant petit livre sur les grandes questions que les enfants se posent et sur les réponses que chacun se donne ». Le petit enfant, protagoniste de La grande question se demande : « Pourquoi suis-je venu au monde ? » Il le demande à son frère, au chat, à un soldat, au numéro 3, à un pilote, à la mort, à une pierre. La mère lui donnera la réponse la plus juste : « tu es ici parce que je t'aime »[22].

Wolf Erlbruch, artiste allemand déjà très récompensé, synthétise dans son livre les grands thèmes de la littérature pour enfants : la recherche, l'éducation, l'amour.

Ce qui frappe plus que jamais, explique Antonio Faeti, enseignant la « Grammaire de la Fantaisie » à l'Académie des Beaux-Arts de Bologne, c'est la capacité innovatrice des français à expliquer sous forme illustrée un thème qu'on peut qualifier de philosophique : « pourquoi suis-je né ? »[23]

Il n'est pas si surprenant - souligne il Manifesto - que le prix de la narration ait été décerné à un illustrateur tel qu'Erlbuch : le récit par image a désormais acquis une profondeur et une dimension telle qu'il devient impossible de considérer le livre illustré comme une affaire exclusivement adressée aux plus jeunes et l'on ne s'étonne pas non plus que les projets les plus intéressants des petits éditeurs italiens soient fondés sur ce dernier ».

- Le prix de la Non - fiction a été décerné au livre américain The Tree of Life de Peter Sis

(Farra, Strauss & Giroux), qui affronte une grande question : ni plus ni moins que l'origine de l'espèce. Ici, Peter Sis (un auteur qui a toujours cherché à raconter, par l'image, l'histoire des grandes idées qui nous ont formés) nous restitue le parcours qui a porté Charles Darwin à l'élaboration de sa théorie. Il reprend, plus que sa vie : ses écrits et ses tableaux.

- Le New Horizons Award, dédié aux éditeurs des pays émergents, a été décerné non pas à un auteur, mais à une collection entière de volumes de nouvelles et de récits de vie quotidienne, de l'Iranienne Shabaviz Publishing Company.

- Les mentions d'honneur ont récompensé la Corée du Sud et Avant la télé - traduit en italien par la Babalibri -, publié par l'école des Loisirs (une des meilleures maisons d'édition françaises, authentique modèle de petite entreprise indépendante à gestion familiale). C'est un grand tableau illustré de tout ce que les enfants de la génération de la télévision ont perdu.

Les tendances littéraires

Tous les journaux ont tenté de relever les principales tendances, rencontrées à la Foire, en terme de genres littéraires. C'est ce dernier aspect que je vais développer un peu.

Les principales tendances, relevées par la presse italienne, dans le domaine des genres littéraires,

Nous nous trouvons face à une édition pour jeunes qui acquiert, actuellement, des traits caractéristiques de l'édition pour adultes : grands retours et réédition des classiques, demande de paix et d'amour, récupération des valeurs et des vertus du passé, à travers les fables et les légendes, mais aussi les biographies (de saints, de personnages contemporains tels que Giovanni Falcone, etc.), les lettres et journaux intimes.

Retour également aux traditions culturelles et à la vie quotidienne, ouverture sur les autres mondes et les autres cultures, situation des personnes prises dans la guerre.…

L'édition parle d'engagement, propose des protagonistes féminins. On est politically correct, on recherche qualité et artisanat. Les séries vont de pair avec des rythmes rapides de publications. C'est le métissages des genres, l'arrivée des livres « transversaux ».Fantasy et réalisme sont mêlés : ainsi pourrions résumer très brièvement les tendances relevées par les quotidiens.

La Repubblica souligne que « Les problèmes sociaux (…) sont traités à travers la fiction, s'inspirant des bandes dessinées. Les genres se mélangent. Au jour d'aujourd'hui, il n'y a rien de plus éthique et moraliste que les « manga ». A les feuilleter, il nous semble lire l'Ecclésiaste parce que le genre n'exclut pas la tension morale ».

Pour Pitzorno encore - toujours dans la Repubblica -, les héros de série ont toujours existé : de Salgari aux divers Sandokan, d'Harry Potter à Geronimo Stilton……ils rassurent les enfants et garantissent aux adolescents la continuité qu'ils recherchent.

« Qualité et artisanat » - écrit en revanche il Manifesto - « peuvent être facilement relevés dans les fables raffinées hand made de la Tara Publishing (où l'on retrouve toute la tradition visuelle de l'Inde paysanne avec ses légendes, ses personnages, ses animaux) ; dans Un libro solo per miopi de Riki Blanco ; dans Il mondo invisibile e altri racconti de Fabian Negrin (ces livres revisitent ou innovent la tradition graphico-illustrative des années 20-30, avec des tableaux en noir et blanc animés d'une couleur qui sert de guide). Avec ses créations la petite maison d'édition Orecchio Acerbo semble vouloir accentuer sa tendance à réaliser des pièces uniques, où les histoires sont racontées surtout par image et par un graphisme intelligent ».

Je m'arrêterai maintenant sur huit des tendances relevées.

Plongée dans la réalité et l'engagement

L'éditeur Fabbri a présenté à la Foire l'histoire du juge Giovanni Falcone (Per questo mi chiamo Giovanni du journaliste Luca Garlando), qui affronte le thème de la mafia et de l'engagement citoyen, ainsi que la chronique de guerre vécue personnellement et racontée par une jeune iranienne de 19 ans (Il diario di Thura (Thura's Diary) de Thura al Windawi).

Giunti appelle « Graffi » (« Griffes », c'est-à-dire « des livres qui laissent un trace »), une nouvelle collection qui traite de vies dégénérées, de séparations, d'histoires de banditisme, inaugurée avec Ladre di regali (The Present Takers), nouveau roman très actuel (qui part d'un fait réellement arrivé) du septuagénaire et très aimé auteur anglais Aidan Chambers[24]. C'est une histoire sur le problème du « bullismo » (meneuse de bandes) féminin.

No ! (When you can't say no) de l'anglaise Sylvia Hall, chez Mondadori, est dédié à un thème scabreux. Le sous-titre est éloquent Era il segreto di mio padre. Il mio segreto. Ici l'héroïne est victime d'un père « respectable », qui l'aime de la mauvaise manière et lui fait du chantage affectif sous les yeux d'une mère « absente ».

La tendance réaliste entraîne également la maison d'édition d'Inge Feltrinelli qui, dans sa série pour jeunes (d'un graphisme innovateur), inclut par exemple Un piccolo pezzo di terra (A little piece of ground).

Ce n'est donc pas un hasard si la Repubblica relève « une plongée peu féerique dans la réalité… qui se présente sous ses aspects les plus terrifiants entre des armées sanguinaires, des bourreaux mafieux, des pères violeurs, des « bulle » et vandales. Comparé à cela Barbe-Bleue est un personnage respectable… ».

Il Corriere della sera souligne l'intérêt envers les sujets liés à la réalité : « enfants contraints à vendre leur corps en échange de nourriture ; jeunes de 13 ans victimes du racket de l'exploitation ; violence sexuelle dans la famille… ».

il Giornale note que « la violence, l'exploitation, la pédophilie - les aspects les plus cruels de la société contemporaine - deviennent des sujets d'histoires destinées aux plus petits lecteurs. Le style est accéléré et privé de sentimentalisme. Le nombre de collections à fort impact émotionnel se multiplie ».

Il Mattino note lui aussi la tendance aux thèmes « engagés », réalistes, quelquefois scabreux, adressés en général aux jeunes adultes mais désormais aussi aux plus jeunes . C'est le cas de la nouvelle collection « Parole per dirlo » (Mots pour le dire), qui sera lancée à Bologne par l'édition San Paolo avec le slogan « livres précieux pour vivre ensemble les choses difficiles »,. Ce sont des histoires délicates qui parlent des moments importants de la vie : la séparation des parents, la difficulté de l'intégration à l'école, la naissance d'un frère, la mort d'une personne chère, etc. Les quatre premiers titres sont : Maldiscuola de Giovanna Ramera, Non è colpa tua de Maria Adele Gravaglia, La luna di Luca de Silvia Roncaglia, Il mare del cielo de Cosetta Zanotti.

L'attention est également portée sur les événements de l'histoire contemporaine - écrit de nouveau Il Mattino -, avec la Shoah, thème récurrent : il suffit de penser à Helga Schneider (écrivain né en Pologne dont la bibliographie est désormais connue) qui parle de l'extermination des juifs dans son nouveau roman L'albero di Goethe (Salani) : un événement sombre, situé dans un camp de concentration de Buchenwald, qui a pour protagonistes des jeunes (dont un de quatorze ans finit dans un camp de concentration contraint à offrir son propre corps pour sauver un ami...)

Il suffit également de penser à l'émouvant Brundibar[25] dans lequel le dramaturge Tony Kushner et le grand illustrateur américain Maurice Sendak reproduisent une vieille œuvre tchécoslovaque - mise en scène 55 fois au moins par des enfants juïfs du camp de concentration de Terezin - dans laquelle deux frères cherchent du lait pour leur mère dans une Prague occupée par les nazis.

Un grand nombre des livres exposés à Bologne a même pour toile de fond les guerres d'aujourd'hui.

Dans les « journaux de guerre » on retrouve :

- Le due facce di Gerusalemme d'Alberto Melis (Piemme) - rencontre entre un garçon israélien et une jeune palestinienne avant un attentat ;

- Un piccolo pezzo di terra - d'Elisabeth Laird (Feltrinelli) - histoire d'un jeune de Ramallah contraint de vivre avec le cauchemar des chars d'assaut israéliens ;

- Città di Fango (Mud city) (Fabbri) - de Deborah Ellis, auteur du best seller Sotto il burqa (The Breadwinners) - conclusion d'une trilogie sur l'Afghanistan ;

- Soldati (Soldats), de l'Algérienne Leila Sebbar (Mondadori), qui regroupe 7 récits sur sept différents scénarios de guerre.

La guerre est également présente dans la fable I conquistatori (The Conquerors) (Il Castoro) de David Mckee (illustrateur anglais de grande renommée) : ici prévaut le registre fantastique, grâce également aux illustrations qui tendent au grotesque. Il s'agit d'« une petite histoire pacifiste (qui ne s'adresse pas seulement aux enfants) qui raconte comment un grand pays envahit un plus petit. Mais il vient à son tour à être conquis par le petit pays sans aucune effusion de sang »[26].

Une part de la narration prête attention à la multiculture et au dialogue interculturel, mais je reviendrai sur ce point un peu plus loin.

Le phénomène Harry Potter et le triomphe de la fantasy

La majeure partie des journaux souligne que la fantasy continue à être lue et aimée. Elle reste intarissable, et toutes les nouveautés le confirment, au-delà de la diatribe sur Harry Potter (qui, refusé par la Mondadori, a été ensuite traduit par la Salani). Ainsi le quotidien Il Tempo revient sur quelques interrogations : est-ce un livre de qualité ou non ? Son succès est-il dû seulement à un fort battage publicitaire ? A-t-il ou non le mérite d'avoir porté les enfants à la lecture ? Peut-on parler réellement de fantasy ? … ;

Si « la fantasy plaît un peu, assez, beaucoup, à vos enfants » - écrit il Manifesto - « à la Foire vous en trouverez en quantité industrielle, à commencer par celles de chez nous (L'ultimo elfo de Silvana De Mari, Salani), jusqu'aux innombrables romans inspirés de Potter ou du Il signore degli anelli (Le Seigneurs des Anneaux) qui arrivent par vague de l'édition de langue anglaise. Ainsi pour la trilogie Eragon (Fabbri), première œuvre de Christopher Paolini, jeune américain de dix neuf ans (il a dépassé Harry Potter aux USA avec 250.000 exemplaires en une semaine) pleins de dragons et de mondes lointains et de héros qui aspirent au triomphe de la lumière. C'est franchement effrayant, mais si vous êtes désormais « drogués » par ce genre de mode, pensé pour un public presque indifférencié d'adultes et de jeunes, il vaut mieux attendre L'Amuleto di Samarcanda (L'amulette de Samarkand) de l'anglaise Jonathan Stroud, que Salani lancera dans quelques jours : la qualité est infiniment meilleure. L'espoir est cependant général que, tôt ou tard, ce besoin pernicieux de héros sans tâche diminue un peu. Entre autre il en existe de moins manichéens que ceux de la fantasy « d'ordonnance », et il serait peut-être temps de commencer à les proposer. »

La Repubblica rapporte que Mondadori invite à Bologne le metteur en scène Luc Besson, auteur d'Arthur e il popolo dei Minimei (Arthur et les Minimoys[27]), et le débutant prometteur Philip Reeve qui a conquis le marché anglais avec Macchine mortali (Mondadori) (Mortelles Machines).

On lit dans le quotidien Il Tempo que le marché « semble très statique, presque dans l'attente d'un nouvel événement qui bouleverse les paramètres. Pour beaucoup l'intérêt se porte sur le livre « transversal »…. Quel est le genre le plus fort ? Nous sommes encore bouleversés par les effets que la fantasy a provoqués, alors qu'en Italie ce genre de livres n'avait jamais fonctionné. Il est devenu intéressant lorsqu'il s'est transformé en phénomène.»

Fantasy pour enfants ou « young adultes » ? Et/ou livres transversaux ?

C'est une tendance bien soulignée par les quotidiens que celle des livres pour enfants « transversaux » - plutôt que young adultes, à l'américaine.

Le roman Cronache del mondo emerso (Mondadori) d'un auteur très jeune, Licia Troisi, où le héros qui semble être en mesure de changer le cours du destin est une jeune fille, est salué par le quotidien La Stampa. Il est présenté dans le journal comme une promesse de succès, mais aussi comme « le signe d'un phénomène éditorial toujours plus important : il s'agit de livres qui s'adressent à une classe d'âge comprise entre 12 et 18 ans, mais ils peuvent être lus avec plaisir par les adultes, donc des livres qui regroupent différentes générations … On peut les confectionner soit comme édition pour enfants, soit comme œuvres pour tous. C'est le cas aussi de Luc Besson (le metteur en scène de Nikita) dont le livre Arthur e il popolo dei Minimei est publié avec une couverture qui n'est pas sans clin d'œil particulier envers les plus petits ».

L'Institut du Commerce avec l'étranger note que la stratégie de marketing à l'américaine est en train de s'imposer en Italie aussi, où elle rencontre quelques obstacles. Elle se traduit notamment par :

- des livres young adults sur des rayons placés au dehors du secteur jeunesse et plutôt près de l'entrée ou du bar ;

- la diversité des types de communication - sites web, télévision comme MTV, concerts ou lancement de CD, mais également des cartes envoyées dans les camps…

Le premier obstacle rencontré est la réticence des critiques à parcourir les catalogues de livres pour enfants, et donc à les recenser. La production young adults est née en Amérique il y a 40 ans, avec des financements publics destinés à une littérature adaptée aux lecteurs potentiels - les baby boomers - qui devenaient adolescents. Chaque livre devait affronter un problème. C'étaient des œuvres fondamentalement didactiques[28].

Maria Grazia Mazzitelli soutient que « Harry Potter est un exemple de littérature pour enfants qui sort du ghetto du « genre ». Ce n'est pas, au sens strict, un livre young adults, mais c'est sûrement un livre « transversal ». A l'origine des livres transversaux, observe-t-elle, il n'y avait pas de petit magicien à lunettes. Il y avait déjà eu un classique pour enfants, jeunes et adultes, comme La storia della gabbiannella e del gatto che le insegnò a volare (Histoire de l'oiseau et du chat qui lui apprit à voler) de Luis Sepulveda »[29].

La plus importante entreprise dans ce domaine est représentée par une réécriture intégrale de la Bible aux soins de Silvia Giacomini, La Nuova Bibbia Salani (756 pages !), symbole fatalement accompli du nouveau « transversalisme » éditorial.

« Politiquement correct » et ouverture aux espaces créatifs

Si Liberazione dénonce une aire politiquement correctequi laisse peu d'espace à l'expérimentation, il Giornale relève, en revanche, une grande ouverture aux espaces créatifs.

C'est Chiara Rapaccini, un des plus vifs et des plus irrévérencieux écrivains pour jeunes du panorama italien qui, exprimant son point de vue sur la Foire de Bologne - lors des rencontres tenues par les écrivains à la Foire et ensuite rapporté par Liberazione - soutient qu'il souffle un vent de politiquement correct, et qu'il y a peu d'espace pour les expérimentations, malgré quelques exceptions. L'écrivain invite à une littérature pour l'enfance plus expérimentale, moins consolatrice, même si elle n'est pas totalement alternative, sur l'exemple de certaines littératures qui arrivent de l'étranger, « fortes et provocatrices ».

Certaines maisons d'édition, comme l'Orecchio Acerbo, la Fatatrac, et certaines publications de maisons d'édition plus grandes, se détachent de la tendance politiquement correcte.

Original, par exemple, l'utilisation de la comptine, langage privilégié pour communiquer avec les enfants, qu'on retrouve dans Non chiarmarmi passerotto d'Anna Sarfatti (illustrations de Sophie Fatus) chez Fatatrac. Le livre raconte - en se basant sur des expériences de terrain - les droits des enfants à l'hôpital.

Original également, le parcours de l'Orecchio Acerbo, qui propose une « vue » alternative avec deux textes comme Un libro per miopi (e non solo) de l'Espagnol Riki Blanco et Il mondo invisibile. Dans ce dernier Fabian Negrin, argentin d'Italie et illustrateur raffiné, décide de raconter, avec l'aide des dix plus importants illustrateurs du monde, de Matticchio à José Munoz , ce que les yeux souvent ne veulent pas voir (immigrés, clochards, vieux...)[30].

De son côté il Giornale souligne une grande ouverture aux espaces créatifs : une série de manuels, pour stimuler l'esprit inventif et l'imagination. Ainsi, par exemple,

- du « Laboratorio » Salani dont le livre Il libro dei libri (Giulia Orecchia, Niccolò Barbiero) enseigne à construire les livres ;

- de la nouvelle collection « Dai, leggiamo insieme ! » (Bon, lisons ensemble) de De Agostini, destinée à ceux qui doivent apprendre à lire ;

- de l'exposition multimédia « de cœur à cœur », moment de réflexion sur le rapport école-société.

Invitation à retourner aux propres racines, dialogue entre les diverses cultures, demande de paix et d'amour

Une autre tendance, relevée par la presse est, me semble-t-il, celle-ci : d'une part, des tentatives diffuses de récupération de nos propres racines ; d'autre part le multiculturalisme, avec aussi une forte demande et offre de paix et d'amour.

La récupération des valeurs et des vertus du passé - souligne il Giornale - s'exprime dans l'exceptionnelle quantité de fables, légendes et récits, parmi lesquels le remarquable Il canto della mia terra (My land sings) (Mondadori) de l'écrivain Rudolfo Anaya, américain d'origine mexicaine, pétri de réalisme magique.

A côté des fables de tradition populaire on ne doit pas oublier les antiques légendes de la mythologie japonaise (Claude Helft, Motta), ni ignorer toute la magie que contient la vie de certains saints des premiers siècles après Jésus-Christ, nous dit Donatella Ziliotto. Responsable des deux collections Salani « i Criceti » ( Hamsters ) et « Gl'Istrici » ( Hérissons), mais aussi écrivain raffiné, elle souligne qu'« on y retrouve de tout : des spectacles féeriques, des animaux parlants, des situations de rêves ».

Siamo tutti fratelli di sangue de Ida Molinari - porté à la Foire par les éditions San Paolo - est parmi les œuvres qui traitent le thème du dialogue entre cultures.

Pour les « autres mondes », Il Manifesto cite le volume très agréable dédié à Giufà (Sinnos) : le héros malin-bougre de tant de contes siciliens, turques, juïfs et arabes qui, avec des noms différents, est présent dans toute l'air méditerranéenne. Le mérite d'en avoir fait un livre agréable à regarder revient à l'illustratrice Chiara Carrer. Le texte (avec traduction en regard en arabe, en sicilien, en turc) est édité par la spécialiste de l'Islam, Francesca Maria Carrao.

Très intéressant également est Ci somigliamo (On se ressemble) de Denise Berton, française transplantée en Italie. Dans ce livre une enfant française et un enfant italien confrontent leurs différentes « connaissances » au sujet de l'enfance, comme les comptines, les récits, les exercices de prononciation pour délier la langue, se découvrant différents et en même temps semblables.

Pour démontrer que les jeunes ont besoin d'amour les éditeurs marquent aussi un intérêt pour la poésie : 100.000 exemplaires vendus dans la collection de poésie Salani dédiée à l'amour. Le dernier recueil est Tango quella melodia di noi due de Leopoldo Carra et Daniela Gamba.

Les nouveautés et les confirmations

Lorsqu'ils annoncent les nouveautés les quotidiens ne font pas toujours les mêmes choix.

L'Unità choisit de s'arrêter sur l'italien Per questo mi chiamo Giovanni dans lequel, au cours d'un voyage, le père explique à son fils qui était Giovanni Falcone, et pourquoi il lui a donné son nom. En d'autres termes, L'Unità choisit un manuel de non violence pour expliquer aux enfants la mafia : un monstre aux milles visages et aux tentacules infinies. Dans ce livre « les coups de théâtre ne manquent pas, comme un artichaut tiré du sac à dos pour expliquer comment fonctionnent les clans, ou bien le récit de sectes mafieuses qui obéissent à des rituels tribaux, ou encore les nouvelles sur Cosa Nostra ou la Cupola.

Le petit Giovanni est un interlocuteur très attentif ; il demande, il veut savoir la vérité sur le monstre capable de dissoudre dans l'acide les corps des enfants tués pour atteindre leurs pères. Giovanni s'intéresse au grand procès, il s'enflamme pour l'indomptable loyauté et pour le courage toujours retrouvé de Falcone, pour enfin s'attrister de sa mort le 23 mai 1992, le jour même de sa naissance.

Giovanni Falcone est mort pour lui aussi, soutient le père, pour que dans son futur d'homme il y ait l'espoir. C'est pour cela qu'il l'avait prénommé Giovanni : un bon présage. C'est également pour cela qu'après ce jour terrible, il avait arrêté de payer les tangenti (la « contribution ») à la mafia et c'est pourquoi la mafia a brûlé son magasin peu après. Giovanni dormait encore dans son berceau. Bum, le petit singe avec ses jambes brûlées, était le seul jouet qui avait survécu à l'incendie.

C'est ainsi que se relient les fils d'un événement qui, comme se plaît à dire Primo Levi, « laisse une trace du monstre dans le cœur ». Peut-être est-ce l'une des solutions pour éviter qu'une vérité historique se transforme en un quotidien nébuleux avec lequel on cohabite lâchement.

Il Messaggero choisit I Minipin (The Minpins, « Les Minuscules ») de l'anglais Roald Dahl (édité par la Salani, avec des illustrations de Patrick Benson, et la traduction de Laura Draghi Salvadori), publié en Angleterre en 1991, un an après la mort de l'écrivain. Le livre raconte une désobéissance, et une fugue dans la forêt du péché : un bois ensorcelé qui, comme on retrouve souvent dans les contes traditionnels, est infesté d'horribles monstres avec des noms irrésistiblement comiques. Dans la Forêt, le petit Bill rencontre les Minipin (petit hommes avec une tête pas plus grande que le bout d'une allumette), qui vivent entre les branches des arbres. Là, « ni au ciel, ni sur terre, dirions-nous, dans un règne de bois, de feuilles et de plumes.... qui rappelle les paysages d'enfance ombrageux, très aimés de Roald Dahl, un petit Gulliver enfant, Petit Bill, explorera ce monde vert, partagera avec ses amis les angoisses et la poésie, volera lui aussi à cheval sur un magnifique cygne. Et il battra le terrible Sputacchione Succiassangue Tritadenti Sparasassi (cracheur, suceur de sang,…), grand dévorateur d'enfants et des Minipin. Surtout, Bill continuera à vivre une enfance pleine d'émotion même après son retour à la maison, volant en secret chaque nuit avec son cygne sur une planète d'adultes ignorants et endormis.

Ce livre, observe Donatella Ziliotto, « révèle un Dahl étrangement serein [...] Il n'y a pas de récit de Dahl qui ne soit une dénonciation de l'exorbitant pouvoir des adultes, et en même temps, la réalisation d'une vengeance. Dans I Minipin il n'y a rien de tout cela. Il semble presque que, après toutes les batailles déclenchées dans sa vie, Dahl se soit trouvé un petit coin de paradis, où il trouve refuge avec son peuple infinitésimal ». A 84 ans (il est né au Pays de Galles en 1916), Roald Dahl pouvait finalement déposer les armes. Aux petits lecteurs du monde entier (en Italie ses livres ont été vendus à plus de deux millions d'exemplaires) il laissait ses histoires noires : « C'est vrai, dans l'échantillon d'individus perfides et dégoûtants, capables de n'importe quelle infamie envers les enfants, il y a toute son enfance passée dans les collèges d'une Angleterre cultivée et hypocrite qui recourrait en classe aux odieuses « punitions corporelles » (coutume qui se retrouve particulièrement dans la « Signorina Spezzindue » (« Cassée-en-deux »), directrice de l'Institut « à l'aide ! » in Matilde). Mais, plus encore, il y a la mise en garde de ne pas fier aux adultes. Politiquement incorrect ? Demandez le aux enfants »[31].

Dans la marée des nouveaux titres, il y a une confirmation : petites filles et jeunes filles deviennent protagonistes. Cela est dû probablement à la tentative de reconquérir un public féminin qui semble délaisser la lecture ces derniers temps.

On rencontre des jeunes filles éveillées et audacieuses (même si d'autres époques), à la recherche de soi, comme Rosina, poi Annetta - de Béatrice Solinas Donghi (Fabbri) - récit situé dans une ville qui donne sur la mer après la première guerre mondiale.

On rencontre des filles témoins modernes des temps difficiles, comme la jeune irakienne chroniqueur de guerre qui à Bagdad ne semble jamais finir, dans Il diario di Thura (toujours Fabbri) ;

On trouve aussi des petites filles qui peinent à régler les comptes avec leur croissance et ne veulent pas renoncer à leur exubérance, comme La Greta che vola de Silvia Roncaglia ( Il Battello a vapore, Piemme) ; petites filles bulle, peut-être seulement Piccole pesti, comme le peint une mini-série des « Criceti » (Salani) ;

Enfin, et le plus souvent, on trouve petites filles ayant déjà une carrière, comme dans Ladre di regali, dont la protagoniste - Melanie Prosser - est décrite par Chambers, « autoritaire, violente, prête à être meneuse de bandes, reine de l'extorsion et des menaces comme suggère l'actualité ».[32]

Les grands retours

Une autre tendance relevée par la presse est celle de plusieurs rééditions, des grands retours et des agréables revivals. « Il faut être courageux dans cette direction » - dit Faeti - « nous sommes les seuls qui n'ont pas peur de réimprimer les classiques dans cette dérive faussement innovatrice, qui oublie les valeurs et les traditions ».[33]

Parmi les grands retours on peut relever :

- Il giornalino di Gian Burrasca de Vamba (alias Luigi Bertelli) publié par Audiolibri ;

- un Pinocchio magistral pour la Walker Books, dessiné par la florentine Sara Fanelli ;

- un classique (ramené à la vie par Salani) - que nous connaissons grâce à la version Disney -l'adorable Drago riluttante (The Reluctant Dragon) conçu par Kenneth Grahame et illustré par Ernest H.Shepard [34];

- la nouvelle proposition de la part de la Corraini d'un petit classique comme La storia dello zio Tonto d'Andrea Zanzotto, accompagnée par la version en vénitien et par les images raffinées du peintre Marco Nereo Rotelli[35].

Grand retour également que celui d'Iela et d'Enzo Mari qui, à la fin des années 1960, publièrent les splendides albums illustrés auprès de la Emme Edizioni. Aujourd'hui la Babalibri restitue aux plus petits lecteurs La mela e la farfalla et L'uovo e la gallina, splendides récits d'images, irremplaçables pour les enfants qui ne savent pas encore lire. Mais le revival le plus envoûtant est celui de L'ospite equivoco (The Doubtful Guest, « L'invité douteux ») d'Edward Gorey, brillant auteur illustrateur américain, finalement bien imprimé et dans le bon format par Adelphi. Objet d'innombrables et suggestives interprétations, l'histoire de la bizarre créature qui apparaît dans une sombre maison Victorienne pour rendre plus difficile la vie d'une famille comme il faut est une métaphore qu'on peut explorer à l'infini et qui séduit grands et petits[36].

Enfin quelques réimpressions intéressantes : l'Umberto Eco pour enfants (Fabbri) et un Marcovaldo d'Italo Calvino en audio-livre avec la voix de Paolini et la musique de Fresu (Edizioni Full Color Sound)[37].

A la Foire, on cherche à capturer aussi ceux qui préfèrent la TV et les jeux vidéos

Une dernière tendance à relever est la tentative de capturer aussi ceux qui préfèrent la TV et les jeux vidéos. Comment ?

Avec les nouvelles collections de poche - souligne l'Avvenire - avec des pages qui abordent le lecteur sur ses terrains préférés : l'aventure, la famille, l'amitié, l'école.

C'est le cas des éditions EL qui, pour fêter leurs trente ans d'existence, inaugurent la collection « Lettere e Diari » (Lettres et Journaux), confiant à des grands noms de la narrative italienne - Roberto Piumini, Beatrice Masini, Angela Nanetti, Luciano Comida - pour les quatre premières sorties, l'intention de rajeunir les contenus, les thèmes et le langage d'un genre de formation toujours attrayants pour les jeunes.

C'est encore le cas avec les « Graffi » de la Giunti et « Il gatto nero» (Le chat noir) de la Fetrinelli qui - comme le souligne il Manifesto -, sont le fruit de la volonté de proposer aux jeunes des textes anti-conformistes, adhérents à leur réalité et différents de ceux qui plaisent aux parents et aux enseignants, pleins d'aventures, de mystère et d'émotions : « bien, très bien, même s'il est évident que l'un et l'autre cas sont en train de parcourir des pistes déjà battues depuis au moins une quinzaine d'année ; d'ailleurs en essayer de nouvelles ce n'est pas facile, et pas non plus obligatoire»[38].

« Il gatto nero » , des histoires qui laissent un sourire sur les lèvres, qui se lisent rapidement, représentent ironiquement le monde des jeunes, mélangeant les différents langages visuels et verbaux, que les enfants connaissent bien.

« Graffi » , histoires animées de la volonté de griffer, adressées à ces jeunes qui avec les pages écrites ont très peu de feeling. Ils laissent un signe - ou bien voudraient le faire ! - sur ceux qui sont plus attirés par la TV et par les jeux vidéos que par les textes écrits, mais peuvent se passionner pour des histoires tirées de la vie quotidienne, à condition que le style et le langage soient désinvoltes et même un peu agressif, proche de la sensibilité de ceux qui communiquent de manière concise à travers des E-mails ou des sms[39].

Quelques observations finales

J'aimerais conclure mon tour d'horizon des questions et des tendances relevées par la presse italienne dans cette présentation de la Foire de Bologne 2004 par quelques observations.

La Foire n'est pas seulement un moment de business et un grand espace de rencontres internationales entre éditeurs de livres et de produits multimédia. C'est aussi l'occasion d'un panorama de ce qu'on produit au niveau mondial et en Italie, pays qui rend possible cette rencontre annuelle.

L'ample production à laquelle on assiste aujourd'hui dans le milieu de la littérature pour enfants est certainement l'expression d'une grande créativité et d'une vitalité, mais aussi l'expression d'une forte politique de marketing et d'expansion des maisons d'édition, petites et grandes, qui veulent à tout prix occuper tous les terrains.

Suivre cette Foire signifie être prêt à vivre une plongée profonde dans la réalité d'un monde composite auquel les livres pour enfants donnent vie.
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