Penin, village du ternois




НазваниеPenin, village du ternois
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Дата30.10.2012
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PENIN, VILLAGE DU TERNOIS



Pénin est en l’an 2006 une petite commune rurale du Ternois, comptant 356 habitants (sources INSEE 1993), dont 213 électeurs, 105 maisons. Le village est situé dans le triangle St-Pol, Aubigny-en-Artois, Avesnes-le-Comte, au croisement des départementales 77 et 82, non loin de la R.N. 39 Arras-Littoral, à mi-chemin entre deux grandes localités : St-Pol (14 km) et Arras (22 km), respectivement chefs-lieux d'arrondissement et de département. La ville la plus proche est le chef-lieu de canton Aubigny-en-Artois : 9 km. La poste est à Tincques (4 km).


Pénin se trouve entre les 50ème et 51ème degrés de latitude Nord. Le méridien de Paris passe à Saint-Pol.


L'altitude moyenne est de 133 m.


Un hameau : Doffines, situé à environ 1,5 km du village, entre Pénin et Izel-les-hameau.


La superficie du terroir de Pénin avoisine les 900 ha. C'est le 2ème du canton.


On trouve dans les registres de délibérations du Conseil municipal l'année 1819, un rejet de proposition visant à rattacher Pénin et Averdoingt en une seule commune.


Fête communale (la "ducasse" de "dédicace", fête du saint patron de la paroisse) : le deuxième dimanche de juillet.


Parmi les curiosités du village, la motte féodale, le château, puis l'église où est conservé un bas-relief intéressant, et un mégalithe, polissoir néolithique vieux de 10 000 ans, placé sur le parvis.


TOPONYMIE : UN HYDRONYME


On accordera que c'est pousser trop loin l'amour du latin et de la mythologie que de torturer le nom de Pénin pour y découvrir les dieux Pénat comme l'ont fait déjà certains étymologistes qui se sont penchés sur la question de l'origine de ce nom (Harbaville).


Aussi loin que l'on remonte, le toponyme ne semble pas avoir subi de variations notables, à part la perte de l'accent, dont la faute incomberait aux machines à écrire qui n'accentuent pas les capitales (une seule des plaques Michelin placées à l'entrée de la commune respecte l'accent).


1155 T Etrun : Pénin 1200 C Aubigny : Pénin 1275 : Penyn 1290 : T chap. d'Arras : Penin

1309 A d'Artois : Pénin.


Pas d’étymologie commune avec Espinehem, Ospinehem, Spinehem ou Epainchen, hameau de Roëllecourt (P-de-C), qui se prononce "épenin" dans le patois local. Certains ont avancé qu’il s’agissait d’un Epenin qui aurait subi l'aphérèse, perdu son "é". Comparer avec Les Pénins, hameau de la Nièvre. Dans ce dernier cas, le radical spina signifie en latin épine. Le toponyme désignerait alors un lieu où poussaient en abondance les buissons épineux, l'aubépine.


Par ailleurs, en gaélique, pen = montagne (la colline sur laquelle on édifia la motte, puis l'église ?). C'est l'explication que donne Monsieur Ricouart. Hypothèse à rejeter.


D'autres toponymistes (Dauzat) ont avancé une origine patronymique : un nom mérovingien en "in" dérivé de Peninius, nom d'homme latin, ou un nom d'homme germanique : Penning, variante de Benning. Cette hypothèse est également à rejeter. Mais les Germains ont peut-être ici leur mot à dire...

La première germanisation du Nord de la Belgique, nous rapporte Gysseling, n'est pas l'oeuvre des Francs au Vème siècle. La germanisation des régions de langue néerlandaise est essentiellement due aux envahisseurs germaniques du VIème siècle avant notre ère. Notre patois présente certaines affinités avec la langue germanique. Autre souvenir de nos lointains ancêtres, "Marie Grauette", qui servait autrefois à éloigner les enfants des puits n'est que le prolongement de la "Meergrau", génie des eaux chez les Germains. Les Celtes, les "Gaulois" de nos livres d'Histoire, sont arrivés à l'âge du fer, vers - 1200. Ils furent bousculés et expulsés du Nord de la Gaule vers - 400 par d'autres celtes germanisés, les Belges. Ils parlaient, dans les territoires bornés au sud par la région de la Canche et par les Ardennes, l'Eifel et les montagnes de l'Allemagne centrale, une langue qui était intermédiaire entre le germanique et le celtique, et se rapprochait surtout de l'italique. Elle se caractérise entre autres par le maintien du "p" indo-européen qui, en germanique, est devenu "f", et en celtique une aspiration "h", dans des noms d'établissements munis du suffixe "io" ou "inio".


Pénin serait un hydronyme pré-romain ; c’est l’hypothèse la plus vraisemblable : Pénin, remontant à Péninio, serait dérivé d'un mot qui survit également dans le nom de Peene, ruisseau arrosant Noordpeene et Zuytpeene (Nord). Cette hypothèse est confortée par l’archéologie. Le village primitif, comme on le voit au chapitre suivant, s’est implanté au bord d’un cours d’eau : la Scarpe.


UNE ORIGINE TRÈS ANCIENNE : LE PALÉOLITHIQUE


La Scarpe, affluent de l'Escaut arrosant Arras et Douai, prend sa source à Berles-Monchel. Mais si on suit une vallée sèche, une succession d'anciens fossés qui ne sont plus entretenus de nos jours, on arrive à Béthencourt, hameau de Tincques. Cette vallée sèche est inondée en hiver, quand la terre est gorgée d'eau. Certaines années très humides, comme ce fut le cas en hiver 1995, d'autres sources se remettent à donner de l'eau, près du "Bois Madame" au lieudit "les chaudières". Chacun sait qu'à cause du pompage intensif dû aux besoins toujours croissants en eau de nos cités, le niveau de la nappe phréatique a baissé. La Ternoise, qui prend de nos jours sa source à St Michel, sortait autrefois de terre à Ternas. Nos sources apportaient autrefois leurs effluents à la Scarpe. C’est au bord de cet ancien cours d’eau, le « Fleurin » que devait se dresser le village originel, aux abords de la nationale Arras-Saint-Pol. Pénin serait bien un hydronyme. En 2001, année très pluvieuse, le Fleurin a coulé de janvier à août sans interruption. D'après les anciens, le Pénin primitif s'étendait au temps jadis non loin de l'ancien moulin à huile. A l'automne, le laboureur remonte à la surface des débris qui prouvent qu'il y eut là des habitations. On y trouve parfois des outils en pierre taillée. Augustin Flippe se souvient d’y avoir ramassé aux temps de sa jeunesse, de jolis bifaces qu’il s’empressait de porter à son professeur d’Histoire au collège saint Louis. Yvan Macron y a trouvé une belle amande, un peu épointée, qu'on peut dater de l'acheuléen moyen (+ ou - 100000 ans, industrie de l'homo-erectus), et une petite meule à grain.


LE NEOLITHIQUE


Signalons les lieux-dits "Les Bises-Pierres" et "La Grosse-Borne". Il s’agit peut-être de l'emplacement de monuments mégalithiques remontant à la fin du néolithique, il y a 10 000 ans. De tels monuments jalonnent généralement les itinéraires néolithiques, le néolithique étant une période caractérisée par la naissance de l’agriculture et du commerce). On peut encore voir un polissoir de l'âge néolithique : la "pierre Saint Martin".


Entre le hameau de Doffines et Berles-Monchel, existe un lieu-dit "Le Pas de Saint-Martin". Cette appellation est due à une légende sans doute vieille d'une douzaine de siècles, remontant aux temps de l'évangélisation de nos campagnes vers le VIIème siècle. Elle raconte que saint Martin, ce célèbre saint tourangeau qui, au IVème siècle, partagea un jour son manteau avec un pauvre, de passage dans la région (?), emprunta le petit chemin dit "d'Aubigny" (supprimé en 1975). Le cheval du saint aurait fait un faux pas sur une grosse pierre et y aurait laissé l'empreinte de sa glissade. On retrouve cette légende dans plusieurs communes du département : à Aumerval et à Molinghem. La pierre fut découverte par un fermier du village labourant son champ. Le cultivateur, voulant débarrasser son terrain de cet encombrant témoin, le ramena à la ferme de Doffines. Dès ce jour, ses animaux commencèrent à dépérir, puis à mourir. Il attribua la cause du désastre à la pierre qu'on soupçonna douée d'un pouvoir surnaturel. Il la ramena à son point de départ. Une chapelle à la dévotion de Saint-Martin fut édifiée à son emplacement et notre grès placé au milieu. Cet édifice fut rasé en 1685, nous dit-on dans le terrier de 1698. Seul subsistait le grès.


En janvier 1972, à l'occasion d'un labour profond, un cultivateur a exhumé avec sa charrue au lieudit "Le Pas St-Martin", de nombreux matériaux de construction (pierres de taille, grès, silex), vestiges de l'édifice. Sur le labour, ces débris affectaient la forme d'un quadrilatère de 16 mètres sur 10, sans cloisonnements intérieurs. Un rapport envoyé à la Commission départementale des monuments historiques reconnaissait là les fondations de la chapelle St-Martin. La pierre devait continuer à dormir sous 1,50m de terre, jusqu'au début de 1975.


A cette date figurait dans les travaux prévus au remembrement, le comblement du petit chemin d'Aubigny. La machine chargée de l'opération, ramenant pour cela de la bonne terre d'un champ contigu, afin de niveler, mit à jour plusieurs gros grès, et un conducteur d'engin ramena dans la benne, un énorme bloc de grès, long de 2,30m, large de 0,90m, épais de 0,50m, pesant environ 2 tonnes et affectant une forme irrégulière. Voilà qui accréditait la légende... Mais qu'en est-il exactement ? Tirons un peu le vrai du faux. Notre pierre semble provenir des nombreux bancs de grès landénien encore exploités à Pénin au siècle dernier. Il présente sur sa face supérieure deux plages polies mesurant l'une 60 cm de longueur, l'autre 35 cm, sur une largeur de 4 à 11 cm. Plus loin, la "glissade", une fente de 10 cm de long et 2 mm de large semble avoir servi à l'affûtage de tranchants de haches ou d'outils de l'époque néolithique, tandis que les surfaces, d'un poli exceptionnel, auraient servi au polissage de ces mêmes haches. C'est un "polissoir". On en trouve 4 dans le Nord : à Aubenchel-au-bac, Féchain, Ors et Solesmes ; 2 dans la Somme : à Assevillers et Béhencourt.


En 1979, en creusant une fosse pour enterrer une citerne pour une pompe à essence en face de la maison POYTEAU rue de Maizières, non loin de l'église, un terrassier a eu la surprise de voir apparaître sur sa pelle, un hachereau du néolithique en jadéite, pierre très dure, très dense, à grain fin et de couleur vert olive, qu'on ne trouve pas dans la région. Les haches en pierre taillée qu'on retrouve dans nos contrées sont en silex. La plupart des haches en pierre polie (plus rares) sont également en silex, mais on en trouve quelquefois en jadéite, comme la nôtre, provenant probablement d'Armorique, sinon de Sardaigne. Des courants commerciaux existaient en effet entre la Méditerranée et la Mer du Nord. Pénin se trouvait sur la piste qui menait en Grande-Bretagne, la route de l'étain au chalcolithique...


Notre hache a peut-être, qui sait, été polie sur la pierre St-Martin... C'est peut-être à tort que nous appelons souvent ce genre d'outil "hache". C'est peut-être un outil aratoire, le soc d'une charrue primitive ?


C'est au néolithique que les hommes se firent cultivateurs. Cela semble être une hache votive, car elle ne semble pas avoir servi. Elle peut avoir été enterrée là à l'âge du bronze.


Les légendes, partie intégrante du folklore de nos campagnes, n'ont actuellement que le mérite de faire sourire ; cependant, il faut considérer qu'elles ont toutes une base certaine, et qu'elles n'ont de faux que leur interprétation. En ce qui concerne la légende de St Martin, révélons qu'elle trouve son prolongement dans un dicton de Givenchy-le-Noble, village voisin de quelques kilomètres, dans lequel il est dit "Qu'il ne faut pas aller à Pénin pendant la neuvaine de Sainte-Brigide, parce que les vaches y meurent". Cette neuvaine se place pendant la 2ème quinzaine de janvier, ce qui signifie, d'une part que les animaux de Pénin sont morts à cette époque de l'année, et d'autre part que les gens de Givenchy n'ignoraient pas le caractère épidémique de cette maladie.


Présentant des marques mystérieuses, notre fameuse pierre a peut-être servi, avant le VIIème siècle, à l'exercice des cultes du moment (autel druidique ?). Elle a été amenée sur le parvis de l'église et sert aujourd'hui la cause du tourisme.


LES 13 BOSQUETS


Ce fut César qui conféra le nom de "Belges" aux Gaulois de notre région, sans doute par association d'idée avec Belga, ce chef qui avait conduit l'une de leurs expéditions en Grèce. Les Belges donnèrent du fil à retordre aux légions romaines. Rappelons cette phrase célèbre de César : "Fortissimi sunt Belgae..." (De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves.). La conquête de la Belgique se situe vers - 52. Nous appartenions à l'une des 8 tribus belges : les Atrébates.


Les Belges qui harcelaient les légions de César se réfugiaient dans les vastes forêts qui couvraient le sol de notre pays. La région était, dans l'Antiquité, couverte de grandes forêts, peu habitées, séparées de steppes herbeuses et sillonnées par des vallées marécageuses, l'ensemble formant un sol peu favorable à une forte occupation humaine. Son souvenir s'est conservé dans la toponymie des villages comme Lambres, St-André-au-Bois, St-Rémy-au-Bois, St-Josse-au-Bois, Beaurains (Belrem -rem = bois), Lespinoy. Les cartes montrent encore, dans la microtoponymie, les traces de ce caractère boisé, se traduisant par des lieux-dits l'Épine, l'Épinette, le Fay. Marc Bloch a évoqué ces bois humanisés dès le Moyen Âge : pleins de clairières cultivées (Lignereuil = clairière au lin), de bûcherons, de boisilleurs, de charbonniers, de bétail paissant ou croquant des glands...


Les défrichements du Moyen Âge, conduits parfois par des abbayes, sont à l'origine même du Comté de St Pol. Il s'est formé à partir d'une unité géographique : plateaux calcaires couverts par la forêt trouée de prairies naturelles ... pays au sol pauvre, la "deserta silvarum terra Morinorum", zone forestière s'opposant à toute pénétration extérieure. C'est grâce au défrichement monastique que le Comté de St Pol a pu se développer à partir du XIème siècle (Abbayes St Vaast, Abbaye d’Etrun, Abbaye de Clairmarais). De nombreuses communes ont conservé des lambeaux de cette forêt primitive.

Il subsiste des bribes de ce tissu forestier, autrefois important. Le village était autrefois environné par quelque 13 boqueteaux ("boquets" dans le patois local) : bosquet Brodel (supprimé), bosquet Brûlé, bosquet Dérodé (XVIIIème ; un bois dérodé est un bois débroussaillé, débarrassé de ses ronces), bosquet Chevalier, bosquet Gaillard, bosquet Guislain, bosquet Tincques-Piessante, bosquet Tranquil. Il en reste quelques uns : le bosquet Baron et le bosquet L'antonne dans la section ZD, le bosquet Zozo et le bosquet Haté dans la section ZH, le grand bosquet Madame et le petit bosquet Madame dans la section ZC, le bosquet des Quatre et le bosquet Mademoiselle dans la section ZE. Ces boqueteaux, qui se trouvaient tous au Nord de Pénin, constituaient un tissu forestier important qui se prolongeait par le bois des Hérombus à Averdoingt (lieu-dit "Le sentier des Hérombus" à Pénin, section ZC).


UNE VOIE ROMAINE


Sous le règne de Claude, de 41 à 54, Thérouanne fut élevée au rang de colonie romaine, étape sur la route du Boulonnais, base de départ vers la Grande-Bretagne, à égale distance de la cité d'Arras (Nemetacum) et Boulogne, et en même temps de Tournai et Cassel, autant de points forts des lignes de défense romaines. Pendant cette période, empruntant ce qui n'était que des pistes au néolithique, les Romains renforcèrent les lignes de communications entre les différentes garnisons, constituant l'admirable réseau routier qui reste la base du réseau actuel. La voie Thérouanne-Amiens traverse notre village, passant par cette série de petits chemins rigoureusement alignés qui forment les limites communales de Bailleul-aux-cornailles, Pénin, Avesnes-le-Comte (site gallo-romain important) et Barly, pour rejoindre à La Cauchie, un peu avant Thièvres, la voie d'Arras à Amiens (très net sur la carte au 25 000ème) (la route d'Averdoingt à Villers-sir-Simon) .


Les voies romaines étaient jalonnées de bornes milliaires (un mille romain valait 1480 m) hautes de deux à trois mètres. Le souvenir d'une telle borne s'est-il perpétué dans notre lieu-dit "La grosse borne"? (lieu-dit situé à vrai dire assez loin de notre voie).


L'étude des noms des villages de la région donne à penser que les Romains ont eu une certaine influence dans la région. Alors, quels sont nos ancêtres ? Gaulois ? et pourquoi pas Romains puisque la domination romaine s'est exercée pendant des siècles avec la présence d'une colonie romaine sans doute importante (de 50 av. J.C. à 406), ou franque à partir de 410 environ ?


Le premier chef connu des Francs est Ricmer, roi des francs saliens. Le premier roi de tous les Francs est dans une certaine mesure à l'origine de la dynastie mérovingienne, donc de la monarchie française. Son fils Theudemer s'installe dans la région de Thérouanne. On le trouve roi de Thérouanne de 409 à 414. Guermond, roi de Tongres, qui lui succède, est roi des Francs de 419 à 427.


Vers 431, le roi de Thérouanne Clodion le chevelu, arrière-grand-père de Clovis, s'empare de Tournai et devient le roi de tous les Francs. Les Francs saliens se répandent jusqu'à la Somme. Thérouanne, plus que la capitale du Ternois, devient un centre régional. Il le sera jusqu'à sa destruction par Charles Quint en 1553.


Les chemins qui aboutissaient à Thérouanne perdirent de leur importance après le XVIème, mais on peut les retrouver en consultant la carte de l'I.G.N., qui reproduit les sentiers qui existaient encore à une époque récente. Si Charles Quint ne l'avait pas détruite, Thérouanne serait à l'heure actuelle l'une des plus grandes villes de la Région.


AU IXème SIÈCLE : LES RAIDS NORMANDS : LA MOTTE FÉODALE


Les vingt dernières années du IXème siècle furent marquées par les ravages des Normands. Certaines villes du Nord rappellent ces pirates par un cortège annuel de géants.


En 860, des pirates normands (Danois ?) débarquèrent dans l'embouchure de l'Yser : ils ravagèrent le Comté de Thérouanne. Installés à Boulogne, Courtrai et Gand, les Normands remontaient les nombreuses rivières de la région, pillaient les villes et les monastères.

En 879, une armée normande (quelques centaines, au plus un millier ?) débarque sur nos côtes entre Boulogne et Calais. Le Ternois est ravagé en 879, puis en 881.

Les rois carolingiens se montraient incapables d'organiser la lutte contre les Normands. Aussi, sous la conduite de petits seigneurs locaux, la population prit en main sa défense. Le petit-fils de Charles-le-Chauve, Louis III, les mettra en défaite le 3 août 881 à Saucourt, hameau de Nibas, au sud de St-Valéry-sur-Somme (la commune de Saucourt-en-Vimeu n'existe pas ; c'est une erreur des historiens). Ce succès sera célébré dans le Ludwigslied, un des premiers grands textes de la littérature allemande. Les annales de l'abbaye St-Vaast font le récit de la première grande défaite normande. C'est le sujet d'une chanson de geste "Gormond et Isembart" (peut-être plus ancienne que la chanson de Roland). Louis fit construire une forteresse à Etrun-sur-l'Escaut, entre Cambrai et Valenciennes.


Carloman succéda à son frère Louis en 882. En 883, les pillages reprennent (mise à sac et incendie de la cathédrale d'Arras). Les Annales de St Vaast nous rapportent : "Les Francs se préparent à résister en construisant des fortifications, afin d'interdire aux Normands l'usage des cours d'eau". A cette époque, les châteaux forts étaient construits en bois (Il faudra attendre les XIIème et XIIIème siècle pour voir s'imposer la pierre). Quelques semaines suffisaient à la construction de telles mottes. On amoncelait une grande quantité de terre qu'on tirait en partie du grand fossé qu'on creusait sur son pourtour. On entourait la plate-forme d'une palissade de planches assemblées avec une extrême solidité et formant un rempart. Dans cette enceinte, on construisait une forteresse en bois d'où on contrôlait les alentours.

Dans un pré au nord de l'église (la ferme du Chapitre d’Arras), on peut encore voir une belle motte féodale à plate-forme. Beaucoup de mottes féodales ont été édifiées, comme la nôtre, à proximité d'une ancienne voie romaine réutilisée au Moyen Âge. Terninck la qualifie à tort de "tumulus". Il est difficile de la dater avec certitude. La nôtre est du type motte avec basse-cour. Elle se trouve au centre du village, à 75 m à l'ouest de l'église. Elle est proche de la route venant de Villers-Sir-Simon et de la R.N. 39 d'Arras à Montreuil. Sur le cadastre ancien, une parcelle s'appelle "au dessous de la motte". La motte est en sommet de versant, à 135 m d'altitude en position dominante, avec vue sur les environs, dont Averdoingt.

Notre motte, tronconique, est très bien conservée, malgré quelques petites modifications. La plate-forme est plane, de 27 m de diamètre ; les versants sont raides. Sa hauteur maximum est de 4 mètres. Les fossés sont très visibles et larges de 17,50 m en haut, et de 4,40 m au fond. La coupe affecte une forme générale en U. La basse-cour correspond à l'emplacement de la ferme à cour carrée au nord-est. De gros grès y ont été trouvés. La motte de Pénin est un pré à l'heure actuelle.

La région ne sera débarrassée du péril normand qu'en 891. Le siège infructueux de Saint-Omer en 892, marque la dernière incursion des Vikings.

Après l'An 1 000, l'émiettement en fiefs des grandes principautés féodales aboutit à la multiplication de ces mottes. On les trouve près des grandes voies de circulation qu'elles contrôlent. On en trouve non loin de Pénin à Aubigny-en-Artois (2), Averdoingt, Avesnes-le-Comte, Bailleul-aux-cornailles, Beaufort-Blavincourt, Camblain-l'Abbé, Denier, Estrée-Cauchy, Hermaville, Lattre-Saint-Quentin, Tincques. (cf.: "Dictionnaire des châteaux et fortifications du Moyen Âge" par Charles Laurent Salch aux éditions Publitotal).

La frontière séparant deux principautés féodales était renforcée par une succession de fortins de ce type.

Pendant les bombardements de la seconde guerre mondiale, une galerie-abri fut percée dans la motte féodale, la trouant de part en part. On y a retrouvé les ossements d’un cheval enseveli là par les troupes en 1914-1918.

Pour avoir une idée de ce qu’était une motte féodale au IXème siècle, on peut visiter le château à motte reconstitué à 49480 St-Sylvain-d’Anjou, au nord d’Angers. Ce site est unique en Europe. C’est assez impressionnant. En le visitant, vous faites un bond d’un millénaire en arrière !
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